DE LA PENSÉE
lui (1). Une célèbre expérience de Dugës semble de prime abord résoudre la question affirmativement : « J'enlève rapidement, dit-il, avec des ciseaux, le protothorax ou proiodére de la mantis religtosa; le tronçon postérieur, resté appuyé sur ses quatre pattes, résiste aux impulsions, par lesquelles on cherche à le renverser, se relève et reprend son équilibre si on force cette résistance, et en mSme temps témoigne, par la trépidation des aUes et dea élytres, d'un vif sentiment de colère, comme il le faisait pendant l'intégrité de l'animal, quand on l'agaçait par des attouchements ou des menaces. Mais ce tronçon postérieur contient une bonne partie de la chaîne des ganglions ; on peut poursuivre l'expérience d'une manière plus parlante : le long corselet, qu'on a dét&ché des autres segments, contient un ganglion bilobé, qui envoie des nerfs aux bras ou pattes antérieures armées de crochets puissants (pattes ravisseuses) ; qu'on en détache encore la lËte, et ce segment isolé vivra près d'une heure avec son seul ganglion ; il agitera ses longs bras et saura fort bien les tourner contre les doigts de l'expérimentateur, qui tient le tronçon, et y imprimer douloureusement leur crochet. Donc, ce seul ganglion thoracique ou dérique sent les doigts qui pressent le segment auquel il appartient, reconnait le point par lequel il est serré, veut s'en débarrasser et y dirige les membres qu'U anime » (2),
A première vue, l'expérience deDugës semble décisive ; mais la coordination des mouvements, leur intention apparente, ne prouvent pas nécessairement qu'ils soient conscients. Nombre de mouvements réflexes très-compliqués, mais parfaitement inconscients, se coordonnent très-bien. On observe quantité de ces mouvements en apparence Toulus, même chez les vertébrés, même chez les mammi-
(1) Dugès, Phj/siologit eomparét, t. I, p. 3(3.
(î) DugÈa, Ph]/iiotogi« compari», p. 887.
fëree, où pourtant la coalescence des centres nerveux est bien autrement grande. Un poisson, une grenouille privés de cerveau exécutent encore des séries de mouvements en apparence combinés. Il en était de même des pigeons auiqiieU Flourens avait amputé le cerveau (1). Enfin, des mouvements réflexes coordonnés s'effectuent encore sur un cadavre humain décapité. La moelle épiuière semble être une source d'activité nerveuse automatique, un centre nerveux inconscient. Il en peut donc être de même des ganglions nerveux des arthropodes, etc., chez qui, d'ailleurs, la prépondérance du ganglion cérébroïde est bien moins évidente et sûrement beaucoup moins absolue que celle du cerveau des vertébrés.
Chez ces derniers, le cerveau est certainement le principal et très-vraisemblablement le seul organe conscient. En parcourant la série de bas en haut, on voit les bémisphËres cérébraux grossir k mesure que l'espèce est mieui douée, plus intelligente. Ce sont d'abord de simples ampoules nerveuses, ne se distinguant guère des autres renflements nerveux iniracrâniens (voir liv. I", cb, vi). Puis graduellement ces vésicules cérébrales grandissent, finissent par dominer et recouvrir plus ou moins complètement les autres ganglions nerveux encéphaliques; leur surface, presque exclusivement formée de cellules nerveuses, se sillonne, se plisse en digitatione llexueuses appelées ctVconvulutions [Ûg. S3, G, C). Ces circonvolutions sont d'ordinaire d'autant plus nombreuses que l'animal est plus ÎQtelligent. Leur objet, comme celui du peigne, qui refoule, dans l'ceil, d'atrière en avant la rétine de certains oiseaux, est de multiplier la surface sous un petit volume. En même temps que leur nombre et leurs ramifications augmentent, la substance grise, l'écorce cellulaire, qui les (1) Floareni , Rtehtrelui txfMmtnIalti tur lu propriitA tt bt (bnettom du tv*tém$ turvane, «te. Paris, 181t,
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