DE LA. PENSÉE. SOI
recouvre et est la partie consciente du cerveau, augmente d'épaisseur. Chez l'homme, il faut évaluer à plusieurs milliers le nombre des cellules nerveuses superposées en strates dans un miUimètre carré de substance corticale cérébrale, et le nombre de ces strates est p]us grand à la partie antérieure du cerveau, dans les lobes frontaux, qui semblent être le quartier général de l'intelligence (l).
Dans un chapitre précédent, nous avons résumé la belle systématisation anatomique des cellules et des fibres des centres nerveux humains, que l'on doit à M. Lujs. On a vu que les milliers de fibres sensitives et périphériques de chaque moitié du corps aboutissent d'abord à un noyau cellulaire intracrànien , la couche optique; que de là, elles rayonnent vers les cellules corticales des circonvolutions; qu'enfin d'autres Qbres partent de ces cellules corticales, et convergent vers un autre noyau cellulaire, le corps strié, ■d'où s'irradie enûn tout le système .des libres motrices périphériques, relié d'autre part aux cellules du cervelet , qui semble être simplement un centre coordinateur des mouvements. Gomme les cellules corticales des deux hémisphÈres cérébraux sont réunies par des fibres transversales, il en résulte que les hémisphères, les deux couches optiques, les deux corps striés, forment un système complet, dont les différentes parties se lient anatomîquement et physioîogiquement. L'homme est-il sain et adulte, alors l'instrument est harmonique et vibre juste; les circonvolutions sont gonflées, épanouies ; leurs sommets s'élèvent également à la surface des hémisphères ; une couche corticale, cellulaire, de plusieurs millimètres d'épaisseur les revêt. Au contraire, dans la sénilité, la
démence, les maladies mentales, certaines circonvolutions s'affaissent et s'effondrent ; ce sont des notes qui ne résonnent plus (1).
En résumé, tout système nerveux quelque peu développé, chez les invertébrés aussi bien que chez les vertébrés, se ramfene à une partie cellulaire consciente, en relation de contiouiLé avec deux systèmes fibreux, l'un afférent, par où arrive l'excitation sensiiive, l'autre efférent, par où se transmet l'incitation motrice. Le schéma d'un tel système serait une cellule consciente munie d'une seule fibre afférente et d'une seule fibre efférente.
Mais le mode de fonctionnement d'un système ainsi disposé est évidemment l'action réflexe, et en effet, il n'est pas d'acte nerveux central, du protozoaire à l'homme, qui ne puisse se ramener à des actes réflexes ; aussi est-il infiniment intéressant de suivre dans ses phases principales la transformation et la complication graduelles de l'acte nerveux réflexe.
Tout d'abord, l'action réflexe est absolument inconsciente. Il y a ébranlement defffibres afférentes, excitation des cellules, qui réagissent sur les libres efférenles. A un degré plus élevé, la cellule nerveuse se sensibilise ; elle a conscience de la vibration de ses molécules ; elle éprouve des sensalions de tact, dégoût, etc., plus ou moins variées et nombreuses, suivant que l'organisme est plus ou moins perfectionné. En même temps, elle a des impressions de douleur ou de plaisir. A ce stade, l'être conscient est trèsinférieur encore; chaque sensation, chaque impression meurent aussitôt qu'elles sont nées; nul enchaînement des phénomènes conscients, nul lien, nul rapport dans la vie psjchique. Mais tout change, dès que la cellule nerveuse garde la trace de l'acte réflexe dont elle a été le
(1) J. Luys, le Cerveau (R«inM KUntipque, n" SS, 187B).
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