DE LA VIE
tnine élévation de température et sans dnute des phénomëiieg électriques.
On a dit, et cela est admissible d'une façon générale, que le monde animal vivait aux dépens des réserves de matière et de mouvement accumulées par le monde végétal. Nous aurons plus tard à préciser ce qu'il y a de vrai dans cette généralisation. Gontentons-nous de mentionner, ponr le moment , que ces réserves végétales se sont formées sous l'influence de la radiation solaire, c'està-dire des vibrations rayonnées par l'astre central de notre système planétaire, et que, par conséquent, la source dynamique solaire est le grand réservoir de force, la grande source motrice, qui donne le branle au mouvement vital et entretient l'impulsion donnée.
Et maintenant pourrons-nous définir la vie 7 Pour cela il nous suffira évidemment de résumer en une formule aussi claire et aussi brève que possible les données précédentes; car notre intention n'est pas de passer en revue les très-nombreuses définitions que l'on a données de la vie, bien longtemps avant d'en avoir scientiGquement analysé les phénomènes.
La définition la plus communément adoptée aujourd'hui en France est celle donnée par de filainville : « La vie est un double mouvement de composition et de décomposition à la fois général et continu. » Cette définition, comme le fait remarquer judicieusement H. Spencer [i], est en même temps trop et pas assez comprébensive. Elle est trop compréheusive, parce qu'elle s'applique à ce qui se passe dans une pile électrique ou dans la flamme d'une bougie aussi bien qu'aux phénomènes nutritifs primordiaux; elle est trop étroite, parce qu'elle laisse en dehors d'elle les actes vitaux les plus délicats, les plus relevés, les actes cé-
(1) Prineipla of biotogy, 1. 1.
18 UVaE [. CHAPITRE'IV.
ruraux on peychiqaes. Lewes dit : « La vie eut uae Eérie de chaDgements définis et successirs de structure «t de eaatpoeitton, qui agiesent sar un indiridu sans détruire fion identité.» Enmentionnnnt laetructnre.oettedéfinitioarejette hors d'elle les actesde chimie parement iniDéFsle,que «l'excluait pas la première, mais elle oublie aurai les actes eérébroux, et en outre elle n'embrasse pas lee actes viluix qui s'effectuent dans les liquides plasroatiques, comiDe le sang, la lymphe, vivants aussi , quoique dépourvus de structure, comme nous le verrons bientàt.
La définition de H. Spencer : a L'accord coatinnel des relations intérieures «t des relations extérieures n, a le tort d'Slre trop abstraite, de planer tellement au-dessus des faits, qu'elle ne les rappelle presque plus. En outre, en raison niéme de son caractère de généralité vague, ^le peut aussi s'appliquer à certains phénomènes chimiques continus.
Mieux vaut raser de plus près la terre et ae borner à donner un court résumé des principaux faits vilanx observés. Oui, la vie repose sur un double mouvement de décomposition et de rénovation simultané et continu; Dinis ce mouvement se produit au sein de subslauces ayant un état physique et le plus sonvrat un état morphologique tout particuliers. Enfin ee mouvement met en jeu des fonctions diverses en rapport avec cet état mor- {ihologiquc des tissus vivants, habituellement composés àf. cellules et de fibres douées de propriétés spéciales.
Disons donc que «la vie «st un double mouvement de composition et de décomposition conlinoelles et simultanées au sein de fiobstancee pksmatiques ou d'éléments anatomiquesliguréE,qui, sons l'induence de ce mouvement intime, fonctionnent conformément à leur structure. »
«HAPIIHË V
{XKtSTinmON AHATOMJJIUE DES COItfS Ql^iHISÉS
Partout et toii)ouF6, «onune nous I'miodi préoédemeuat exposé, les o<h^ viwiat« oa oi^uoiaés 80Dt cobsUtués par des sqbatADcea ooiD|il«xes en |tariàe itlbumiuoEdes «t d«ns cet état phyûçue spécial qu'cm «ppelle coUoîde. la. aaâikn Î0ïià&maitB\e4ectseorpt vivaiit»eit iocristallisable; « vivre âtcristftUifier.ditCh.iRobin, sontdeiupiropriétés qui ne sont j&maU réunies.* {ÉlâamUamUmâquti, p. 17.) n Buflit, ea eflet, qu'nn oorps soît doué de k plus homble des propii^és vîtaleE, ^e 1» nutrition, pour n'AIre pwerisudliBiible. En outre, les substances vivantes sent imprégnées de solutions cristall^ïdaset de gaz, ^'est U via fond «MmmuD ; mùa, dics k totme, «e toai se divecsiOe «irtrftneiBent. Ais pins ttund)!*» degeés du monde ot>^ftiqne, .on tvouw .des êtres sans 6truet«rc, amorpbes, par exemple, ceux des geures amibe et monat; ce sont de petites niasses albtimÛMÎdes coMcaQ^çs, dool k form e se modifie incessamment. Tels sont encore les rhizopodes les plus w»{rifie, aMeecs vivantes un yet plus considérables, mais sttBS fonme d^nie, que l'on vwit émettre et réubsorber dans Mur ^aegiie «nwrpbe dw prolongements teataflulifQfnies 4e djveriie langueur. Mais, pwr peu que l'on étudie au •ûfirocoope k structure d'étree plus élevés dans k lùémr- 4^e vivante, ou voit auBsûlAt que k maese fondamentale a perdu son homogénéité, qu'elle s'egt fraction née en oorpusculos généralement invisibles à l'teil nu. Ces petits «orpe, ces briçpies vivantes, qui ;par leur ageégation cou- «tituenL chaque édifice origanique nn peu complue, ont été «ppelés éUmnU anatomiquei on éiàmenU hislologiqvt».
40 LIVRE I. CHAPITBE V.
EnQn ces éléments anatomiques baignent pins on moins directement dans des liquides vivants aussi, que ' l'on appelle blattèmet. Ainsi le polype d'eau douce, célèbre par les curieuses expériences de régénération auxquelles il a donné lieu, est composé uniquement de corpuscules vivants, sphériques, de cellules, baignant dans un liquide intercellulaire, qui est un blastèœe. C'est encore 1& la texture de certains infusoires, par exemple des paramécies, et aussi de quantité de végétaux.
Cbez les végétaux et surtout cbez les animaux supérieurs, il existe en outre des systèmes de canaux, affectés h la circulation de liquides tout aussi vivants que les éléments anutomiques figurés. Ces liquides, qui, comme les blastèmes, dont on a voulu à tort les distinguer, sont à la fois des réceptacles de produits désassimilês et des réservoirs de produits assimilables, ont été appelés liquides platmatiques ou plasmoê.
Nous avons & décrire successivement la substance vivante sous les deux formes générales qu'elle revêt, savoir : la forme histohgiqw et la forme èloêlématiqw et platmatique.
\. Dei élémtnU figurii m génirat,
La science des éléments figurés des corps vivants, dont l'origine réelle remonte seulement à la fin du siècle dernier, a longtemps porté le nom A'analomie générale. Ce fut seulement en 1819 que Mayer publia un traité d'anatomie générale sous le titre de Traité lur fhiilologte el une nouvelle division du corps de l'homme. Le mot histologie a fait fortune, sans doute parce qu'il est tiré du grec, et il est aujourd'hui d'un usage général.
La première forme élémentaire, histologique, qae revêt la matière organisée, est la forme cellulaire. 11 faut entendre par cellule un corpuscule microscopique, ayant
CONSTIT. ANATOUIQUE DES CORPS ORGANISES. 41 une sorte d'indépeDdance, une vie propre, assimilant et désassimilantpoar son compte. La cellule a géoéralenieDt une forme plus ou moins âphërique. Elle est constituée par uue substance plus ou moins molle. Quand elle est complète, elle renferme un autre élément cellulaire plus petit, un noyau, où l'activité vivante de la cellule atteint ordinairement soq maximum de puissance. En outre, il arrive souvent, surtout chez les végétaux, que la surface extérieure du corpuscule cellulaire se durcit ; cette surface durcie constitue alors ce qu'on appelle la membrane cellulaire.
Les observations et les inductions de la paléontologie, de l'embryologie, de l'histoire naturelle systématique des êtres organisés autorisent à' considérer la cellule organique comme la pierre angulaire du monde vivant, la mère commune de tous les autres éléments bistologiques. En effet, les premiers êtres vivants figurés ont été monocellulaires ou composés de cellules semblables entre elles et juxtaposées simplement. A l'origine de la presque totalité des êtres vivants, animaux ou végétaux, on trouve une cellule simple. Enfin, alors qu'on classe hiérarchiquement les innombrables êtres organisé!^ qui peuplent notre globe, on rencontre, au degré le plus inférieur, le pins humble, des êtres composés d'une seule cellule, ou d'un petit nombre de cellules identiques et juxtaposées.
La théorie cellulaire, que nous venons d'esquisser sommairement, est certainement une des plus grandes vues de la biologie. Bicbat avait le premier tenté l'analyse anatomique des êtres vivants, en essayant de résoudre chaque être organisé en tissus anatomiquement et physJologiquement spéciaux. Sch'wano , poussant plus avant l'analyse, décomposa les tissus eux-mêmes en éléments microscopiques et formula le premier la théorie cellulaire dans son ouvrage intitulé : Recherchti microscopiqtiei lur
m UVltE I. (XAnTRE V.
U emtforvUté de Urudun H ^accneAuiMamt 4ei tmimtmc
4t Al plamia, i«i6 (i).
La Ûiéoriecellalaire, contestée aujourd'hui où plaUtdifféraismeiitiiiterprélée sur certains poioU |iar ltl.€h. Edbùi «t WQ école, n'en reste pas moins debout dane bob ensaN' Ue. HanE elle, on comprendrait diSicùaiMBi la genèse «t i'érolutioQ des 6tres«rga9isés. ifekifia cette théopie a oeoràmt ia physiolc^ie pro^reaneot dite à aoroter plus au ioad it mécasisme des actes vitaux ; elle lui a eoseigué à l»s rapporter à leurs .agents itlUaMS, c'eat^^dire aus Hé' monts tLÎstologlques eux-mêmes, divers par lafi>adJM«t la 4orme «bec les êtres complexée, et -qu'iJ faut «Quaidârer comme jouant daas la trame des êtres orgoniséa ub rôle tmalegue à celui des atoueti «Uns lai «gré^tS'Olufftifttes. Comme l'a dit Sdiwaiiai, u ipmsqoe Jes celluXes sont les fenaes élémentaires priasaires de tous les .organisioet, ia f«%e fondamentale des «rganiHaee se rédvit & la fofwe .foBâamenttledefi«ellalos.M (MUtnotiofùc&e {/»Uin»teht»- ^ett;i83«.)
1^ cellule propeemefit dite, dont ;nous M/ças doané plus baut une descnptioa «ueciocte, <ati une aorte de type «ehématique, n'existaitf guère que chez Àee Atres et làms des tissus rudlmeatairee. Si l'on étudie la celluie mât <^et. va organisme complese, sok ^ans la eérie iàéntchique des orgunismes, on ia «voit «n effet se modiiîw, revfilir diff^ntes formes, en Msumaat des foi^tiotis diverses. Ënlia u« autre t7pe d'^étémeot iiistologique a|^raït : c'est la fibre, élément mîcfDscoiHque aussi,- idérivADt ^videmmeot lie U cellule dans certains cas.où les oellnles n'ont fait que s'allooger, ea se juxtaposant et se soudant
(1) i&iraikopische llnteriuchimgai liber Ait Ubfreiailimmuug *n dtr structure unit dem Waoiatwn der Thiere uni P^amen. — Do Mirt>«I avait dËjï moctrÉ que le tissu des plantes est composË iTatri- Mles Btde ralinles (ISN-ISH).
cjcGooglc
CONSTIT. ANATC«IQD£ DEE QMI% ORGANISÉS. 43
Wutàbeul. Ceffibres de«eooDde main exwtest n&niSait»nent oliez les végHaax, oti riles se opensesit souvent en ctmaflix. fraivantCh. Robin, il en eerût tout autremost ebec 1«6 «nimam. Ici lee Ûbres ^pitnltnieDt de toolee pièeee dès les premiers tempe de la «ie embryonnaire, en se formant spontanément, par genèae, aus dépens des liquides blastématiqties sécrétés d'aiHeurs par des cellules. GsBinie il y a dÎTerses espèces de cellules, il y a aussi diverses-espèces de fibres; maie les vraies fibres typi(|uee, bien epécialisées, ne ee trouvent guère que dans le règne . animal. Nous aunmti plus tard à parier plus longuement de oertsines espèces de fibres, des fibres muscnlnires, des {Hwes uerveneee, et«.
En résumé, en négligeant les quelques types organisée Btfterphes, sorte de traits d'union entre le monde vivant et le iBonde non organisé, on doit oonsîdérer tout organiMae ■OMDplwie comme iHant eonrtitué [pv un grand nombre d'individus virante, mtcroscopiqneB, ayant ^diacun leur activité et leur Ibnction. Ges éléments anatoniqnessost erniformés d'après un petit nombre de types, et, oIue les êtres organisés supérieurs, ils «ont groupés par tniras et forment ainsi det timu, ebctrgés cliaeuo de iremplv telle «u telle grande fanetion pbyaiologiiiue, qui est Je total de tentes les aotivitée âémentaires (tissu mnsculaipe, œr- Tenx, 06!ieiix, tissa cbloFopbyllien des végétaux).
11 va de soi que le degré de ttifférenciation des tunis est -très-variable. Ceet one loi arganiqae,-que cette dffié- , reneiotion des élémeate anetomiqnn aoit poussée d'anteot pins loin, que l'individa cff^anisé est plus parfait. En ^'autres termes, la grande 4oi de la division du travail fègse partout dans le monde organisé. En outre, les-élémients eux-mêmes ont une stmclure d'autant plus compliquée que leur foncLioD «si {ilue souàplei» (fibte mnscul^re, nerveuse). Enfin, plus l'oi^wûsx^oii d'un animal, fiisa
daDS son ensemble, est simple, plus simple aussi est la structure de chacun des ordres d'éléments anatomiques. Ainsi les libres musculaires des rayonnes, annelés, mollusques, les tubes nerveux, les cellules ganglionnaires des lamproies sont plus simples que les mêmes éléments chez l'écrevisse (1).
Mais, dans tout organisme supérieur, il y a un mélange différencié d'éléments anutomiques, ayant diverses fonctions et divers degrés de structure. On pourrait alors, dans chaque individu, grouper les éléments en série, d'après leur degré de perfection, de complication, et on aurait une échelle complète, allant des éléments confus et même amorphes des êtres inférieurs aux éléments à structure complexe des êtres supérieurs (2).
Au bas de l'échelle organique, nous trouvons des infusoires mono cellulaires (polytoma, diffingia, enchelys, monas, amibe) formés d'une seule substance homogène. Certains sont constitués par une substance lentement contractile, qui semble le rudiment indivis encore de la fibre musculaire-; c'est une sorte de matière musculaire non tignrée. Cette matière est dite tarcode.
U semble que chez les êtres inférieurs il y ait une confusion des matériaux et des fonctions organiques. Nombre d'infuBoires sont doués de motilité et de sensibilité, d'une sorte d'instinct, et pourtant ils sont déponr^'Us d'éléments musculaires et d'éléments nerveux.
On peut placer au degré immédiatement supérieur les végétaux et les animaux simplement polycellulaires, c'està-dire constitués par un certain nombre de cellules semblables entre elles et groupées. Ce sont des êtres formés d'an seul tissu.
(1) Ch. Hobin, Èlémeitls anatomiqvM.
(1) Cl. Bernard, Rapport fur (m progrèi tt la marche i* la phgti^ togit giniraie m France. Paris, 1II67.