COMPTIONS GENERALES DE L'AOCROISSEUENT
dite et la facilité des échanges nutritifs. C'est pourquoi les phéDomënes de la, coloration et de la décoloration des os par la garance se produisent «vec d'autant plus de rapidité que l'ammal est plus jeune.
Avec le progrès de l'âge, toutes les sécrétions s'appauvrissent, notamment la perspiration cutanée; en même temps l'oxydation générale des tissus s'amoindrit, la production de chaleur diminue ; toutes les fonctions deviennent moins énergiques, certaines s'éteignent peu à peu, notamment celles des éléments histologiques les plus différenciés, les plus nobles, les moins végétatifs, celles des éléments nerveux et musculaires. La force décroît et l'intelligence s'émousse.
C'est que la propriété maîtresse de la substance vivante décline graduellement. La nutrition devient de moins en moins active, et toutes les autres propriétés dont elle est le support baissent avec elle. ■Chez les vertébrés supérieurs, ce déclin de la nutrition se traduit immédiatement par le ralentissement du pouls et de la respiration. L'animal résiste moins bien aux basses températures, souvent il y succombe.
Durant la jeunesse l'assimilation l'emportait sur la désassimilation. Durant la vieille^e il s'établit un rapport inverse. Les tables publiées par Quételet montrent que le poids du corps diminue k partir de la cinquantième année chez l'homme, delà soixantième chez kfemrae. A quatrevingt-dix ans, ce poids se réduirait chez le premier de 136 livres à 123, chez la seconde de ISO à 103 et demie.
La durée moyenne de la vie varie, dans les deux règnes organiques, avec l'espèce.
En général, les organismes inférieurs vivent moins longtemps que les organismes supérieurs. Moins riches en organes et en appareils, moios différenciés, ils s'harmonisent moins facilement avec le milieu extérieur et ses
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variations. Les champignons ne durent que quelques jours au plus. Les infusoires parcourent parfois en quelques heures le cycle de leur yle, et la plupart des invertébrés n'ont qu'une brève existence.
En général, la vie est d'autant plus courte qae l'évolution embrj-onnaire et l'accroissement ont été plus rapides. L'aptitude à la généralion étant en quelque sorte le signe du plein développement de l'être or(,'anisé, il est naturel que son apparition tardive soit liée à une plus grande longévité. C'est en effet ce qui a lieu pouF la plupart des vertébrés. Chez beaucoup d'invertébrés, l'apparition des fonctions génératrices est au contraire l'avant-courrière de la mort. Nombre d'insectes meurent aussitôt après avoir procréé. Les papillons m&les succombent même parfois en accomplissant l'acte de la génération. Les éphémèrea vivent un ou deux ans à l'état de larves, et quelques heures seulement à l'état d'insectes parfaits.
Pour les plantes, la fructification est aussi un act& suprême, présageant une mort complète et prochaine che;; les plantes harbacees, une mort partielle chez les végétaux vivaces. Le mot célèbre de ProudËon : « L'amour, c'est la mort », est donc ici l'exacte expression de la vérité. Cela est même tellement vrai, qu'on peut parfois abréger ou allonger la vie en accélérant ou retardant le moment de la reproduction. Si, à l'aide d'un riche engrais, on amène des plantes bisannuelles à fructiûer dorant la première année de leur existance, elles meurent cette année même. An contraire, on rend le réséda ligneux et vivace en coupant ses fleurs avant In formation de la graine (4),
Les insectes eux-mêmes vivent plus longtemps alors qu'on les empécbe de s'accoupler.
La mort peut être géaérf^e ou partielle. Cette der-
(1} De Candolte, OrganographU végétale, t. II.
Coogk
CONDITIONS GENERALES DE L'ACCBOISS EMEUT. 345 nifero eet Fréquente chez tous les organismes à faible centralisation physiologique, chez les végétaux, chez beaucoup d'animaux inférieurs. Elle n'est même pas rarechez les mammifères. Inversement, chez ces derniers, lavie partielle de certains élémeuts, notamment des épithëliums, persiste souvent après la mort générale carafilérisée par la cessation des trois fonctions primordiales, do la, circulation, de la respiration, de l'innervation.
La mort peut arriver par simple vieillesse, par suited'un ralentissement extrêmement lent des mouvements moléculaires de la nutrition. Elle a lieu alors sans douleur, sans maladie, sans a^nie, parfois sans conscience, et même peut s'accompagner d'un certain sentiment debien-être : c'est alors Veuthanatie de Platon.
Pinel a observé qu'à la Salpëtrière la plupart des femmes nonagénaires mouraientsans secousse et pendant . leur sommeil.
La mort n'est au fond que l'arrêt définitif des échanges nutritifs. Tout être, tout élément anatomique qui ces.so d'assimiler et de désassimiler, rentre, par ce fait, dans le' monde minéral. Les matériaux qui le constituent subissent alors des dédoublements, des décompositions, des désagrégations purement chimiques.
Durant la vie d'un organisme complexe, quantité de ses éléments histologiqnes meurent, sans que leur mort préjudicio en rien à la vie de l'ensemble. Parfois les éléments de quelques tissus se compriment mntnellement et déterminent ainsi, par simple pression, la gpa~^ duelle disparition de certains d'entre eux. Parfois des éléments anatomiques se liquéfient, comme le font normalement les cellules embryonnaires : c'est ce qu'on appelle l'ulcération. A la surface de la peau et des muqueuses,, dans les glandes, des milliers de cellules épithéliales se détachent incessamment, tombent et se dissolvent.
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Même dans la trame des tissus profonds, nombre d'élémeDts histologiques disparaissent par résorption simple et sont ou ne sont pas remplacés par des éléments de formation nouvelle.
Tout ce qui précède montre à l'évidence combien la vie est Qhose variable, modiûable, en intensité et en àarée. Chez certains individus elle se prolonge deux fois, trois fois plus que la vie moyenne de leur espèce. Thomas Parr se maria à cent quarante-deux ans et était encore apte à accomplir l'acte de la génération. 11 mourut à cent cinquante-deux ans, et Harvey, qui fit son autopsie, lui trouva des muscles encore pleins et bien développés, des viscères en bon état, point d'ossification des cartilages (1).
, On connaît un bon nombre d'exemples de rajeunissement partiel chez des vieillards. Ce sont des cheveux blancs qui l'edevîeonent noirs, des dents nouvelles qui poussent. D'autres fois, chez des femmes âgées, on voit reparaître les règles et l'aptitude à la fécondation. Nous avons vu, quant à nous, une fois, à la suite d'un érysipèle du cuir chevelu, chez une femme plus que sexagénaire, les cheveux blancs être remplacés par des cheveux noirs.
En fait, la mort est nécessaire pour tous les êtres organisés de notre planète; mais elle n'est point fatale. Gomme leditCh. Robin (2), ii aucune contradiction scientifique ne nous empêcherait de concevoir un parfait équilibre entre l'assimilation et la désassimilation indéfiniment répétées «hez tous les êtres existants, sans y interrompre la continnité de cette rénovation moléculaire et sans qu'il s'ensuivit une décomposition de la substance organisée... L'élément anatomique ou l'organisme, une fois produit,
(1) Pkiloiophical TransactUms, 1^69.
(S) Ch. Robin, Élém. anat., p. 96.
CONDITIONS GENERALES DE L'ACCROISSEMENT. 347 une fois né, pourrait âtre supposé présentant un parfait équilibre de durée indéfinie entre l'acte d'assimilation et celui de désassimilatîon. ii Condorcet avait déjà écrit : « Serait-il absurde maintenant de supposer que le perfectionnement de l'espèce humaine doit être regardé comme susceptible d'un progrès indéfini, qu'il doit arriver un temps où la mort ne serait plus que l'elTet ou d'nccidents extraordinaires ou de la destruction de plus en plus lente des forces vitales, et qu'enfin la durée de l'intervalle moyen entre la naissance et cette destruction n'a elle-m&me aucun terme assignable 7 Sans doute l'homme ne deviendra pas immortel, mais la distance entre le moment où il commence à vivre et l'époque commune cil naturellement, sans maladie, sans accident, il éprouve la difûculté d'être, ne peut-elle s'accroître sans cesse (1) ? » Oser dire aujourd'hui qu'il n'est pas impossible de vaincre la mort, le grand ennemi, c'est s'exposer encore à être taxé de folie. Les doctrines Hnimistes et vitalistes défaillent ; elles ont perdu tout crédit dans la science; mais un joug longtemps porté laisse toujours une empreinte durable, et, dans le domaine des opinions, l'eifet survit sonventàlacause. Des siècles durant, on a considéré la vie comme un fait mystérieux, miraculeux, audessus de toute investigation. Chaque organisme était regardé comme une monarchie despotiqnement gouvernée par une entité métaphysique. I.e prcdllème de la vie devait, croyait-on, défier éternellement le pouvoir de la science humaine. Il y avait là un fatum, contre lequel il était inutile de lutter. Telle est encore, aujourd'hui, l'opinion dominante ; mais elle n'a plus d'autre raison d'Être que la force de l'habitude. Le phénomène de la vie a été analysé. Nous savons qu'il se ramène à de simples
(1) Condorcet, Progrét * Fnprit humain.
échanges molécnldres, tout à fait comparables à ceux qui s'effectuent dans une pile électrique. Qu'il y ait dans les pbénomtnrs vitaux quelque chose d'immuable, de fatal, nul ni! le saurait aujourd'hui soutenir. Tout être vivantse maintient tant qu'il y a en lui un certain équilibre nutritif, tant que l'assimilation et k désassiniilation se balancent à peu près. Or il est constant que la durée de cet équilibre dépend d'une infinité de causes eitternes et internes. De deui' enfants naissants, l'un peut vivre une heure, l'antre un siècle et demi. 11 n'y a ni loi ni règle, quand le cours de la vie est abandonné aux basards des événements, comme il arrive toujours. A priori, il n'est sûrement pas impossible, un être organisé étant donné, de maintenir indéfini ment chez lui le flot de la vie à un étiage conslani, et il nous semble que la science est aujourd'hui suffisamment arméepour aborder de front ce grand problème. Il faudrait faire porter l'observation et l'expérience tout d'abord sur des organismes fort simples et dont la vie normale est forte courte. On commencerait par déterminer la durée moyenne de cette vie alors que l'organisme est abandonné à lui-même. Puis, se guidant autant que possible d'après les données scientiUques acquises, on ferait vf.rier de cent manières la lumière, la tempéralure, l'alimentation, la composition de l'atmosphère, etc., etc., en notant soigneusement l'effet de chaque facteur nouveau, de chaque variation de milieu.
D'autre part, on scruterait les conditions de la vie et de l'oi^anisme chez les espèces remarquables par leur longévité, puis chez les individus qui exceptionnellement durent longtemps. Évidemment l'investigation elle-même suggérerait de nouveaux procédés de recherche. On échouerait ou l'on réussirait. Dans tous les cas, il résulterait sûrement quelque chose d'utile de ce labeur.
ia biologie, en effet, ne sera pas une science complète
CONDITIONS GÉNÊEIALES DE L'ACCBOl S SEMENT. 319 avaat d'avoir appris à maitrisef ia vie. C'est ce que pro- , clame déjà un savant, qu'on n'accuserait pas, sans injuslic«, de témérité philosophique : u Les actions, physicochioiiques, qui manifestent et règlent les phénomËnes propres aax êtres vivants, rentrent dans les lois ordinaires de la physique et de la chimie générales. » (P. 4.)
II... Il n'y aqu'une mécanique, qu'une physique, qu'une chimie, qui comprennent dans leurs lois tous les phéuo- -mèhes qui s'accomplissent autour de nous, soit dans les machines vivantes, soit dans les machines brutes. Sous le rapport physico-mécanique, la vie n'est qu'une modalité des phénomènes généraux de la nature ; elle n'engendre rien, elle emprunte ses forces au monde extérieur, et ne fait qu'en varier les manifestations de mille et mille manières. » (P. 135.)
■ <i... En modiGantles milieux intérieurs nutritifs et évolutifs, et en prenant la matière organisée en quelque sorte à l'état naissant, on peut espérer changer sn rlireclion évolutive et par conséquent sou expression organique fmale. Je pense, en ua mot, que nous pourrons produire sçienli- Dquement de nouvelles espèces organisées, de même que nous créons de nouvelles espèces minérales, c'est-à-dire que nous ferons apparaître des formes organisées, qui existent virtuellement dans les lois organogéniques, mais que la nature n'avait point encore réalisées, a (P. 113.}
H... La vie ne s'éteint et la mort- naturelle n'arrive que parce que la production de l'élément plasmatique s'arrête et parce qu'alors les tissus passifs s'imprègnent et s'incrustent de matières minérales ou autres, qui gênent leurs fonctions et amoindrissent déplus en plus la nutrition ou ta formation génésique des éléments histologiqoes actifs, n (P. 126.)
<i... En résumé, ce qui importe au physiologiste, c'est de pouvoir expérimentalement diriger les phénomènes
3S0 LIVRE m. CHAPITRE IV.
évolutifs de façon h, modifier la nutrition de la matière organisée, afin d'arriver par là à changer plus ou moins la durée, l'intensité ou même la nature de ses propriétés Vitales. » (P. 129.)
"...Jusqu'à présent la physiologie s'est débattue dans des idées transitoires, qui disparaîtront à mesure que la science se constituera... En physiologie, nous en sommes aujourd'hui au temps où en était l'alchimie avant la fondation de la chimie... Les vues que l'on pourrait émettre aujourd'hui relativement aux moyens d'action du physiologiste expérimentateur sur la nature vivante ne seraient que des résultats de tâtonnements encore plus ou moins vagues; mais cependant ces actions n'en sont pas moins positives et le principe scientifique de la physiologie générale ne saurait rester douteux ou incertain. La physiologie, comme toutes les sciences terrestres dont les phénomènes sont à notre portée, doit avec le temps devenir une science expérimentale active sur les phénomènes de la vie.» {P. 219.)
«... Quand les progrès de la physiologie générale auront montré à l'expérimentateur les éléments organiques spéciaux sur lesquels il agit, et lui auront appris k se rendre maître des conditions de leur activité, alors il aura acquis le pouvoir de modifier et de régler scientifiquement les phénomènes de la vie. Il étendra sa domination sur la nature vivante, comme le physicien et le chimiste ont acquis leur puissance sur les phénomènes de la nature inerte {!). n
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