Paris, Ant. Dezallier, 1696, 2 vol. in-folio
2. On sait peu de chose de ce graveur, dont l'œuvre est très-restreint. L'adresse, Inscrite au bas de son portrait du P. Menestrier, apprend qu'il habitait quai de l'Horloge. Peut-être était-ce le même artiste que J.-B. Nolin, géographe du roi et marchand de cartes géographiques.
10 LE BLASOiN DE MOLIERE.
« Mmc de Montalant-Raciiel, de son nom, de Molière-Poquelin : de sinople à trois miroirs de Vérité, embordurés d'or l. »
On sait que Mn,e de Montalant fut le seul enfant, issu du mariage de Molière et d'Armande Béjart, qui lui ait survécu.
Les armoiries, attribuées ici à la famille de cette dernière, dont le père, bien qu'huissier aux Eaux et Forêts, se qualifiait écuyer sur la fin de sa vie, sont identiques à celles portées à Y Armoriai de la généralité de Paris, conservé au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale, volume II, f° 1000. Cela ferait supposer que l'auteur des notes précitées était également bien renseigné sur celles deMmc de Montalant. Nous allons essayer de le démontrer, à l'aide des émaux du blason luimême.
Dans ses Recherches sur Molière et sur sa famille, Eudore Soulié indique, page 84, à l'aide de l'inventaire du mobilier de la maison mortuaire, dressé du 13 au 20 mars 1673, les couleurs qu'il affectionnait d'une manière spéciale, c'est-à-dire le vert et le jaune. Les tentures et draperies de sa chambre à coucher étaient de ces deux teintes. Elles dominaient également dans la plupart de ses habits de théâtre. — Les rubans verts d'Alceste sont restés célèbres. — C'est précisément vert et or que sont ie enamp et les meubles de son écu2.
Le même document constate, d'autre part, page 272, qu'une des pièces, dont se composait l'appartement de la rue Richelieu, occupé par Molière et sa femme, au moment de son décès, était décoré en bleu et blanc, et garni de sièges de bois doré, le tout s'identifiant avec les couleurs du blason des Béjart. D'où on est autorisé à conclure que les deux époux ont eu un but déterminé, lorsqu'ils ont fait choix des étoffes de leurs ameublements respectifs.
4. Un second manuscrit do la môme période, relatif à la Bretagne et à quelques autres provinces, qu'ont possédé les frères Gautier, de Nantes, blasonne de la sorte ces mêmes armoiries : d'azur à Crois miroirs de vérité d'argent; mais les nombreuses inexactitudes qu'on y rencontre font estimer qu'il n'y a pas trop lieu d'en tenir compte. Avant d'avoir étudié la question avec tout le soin qu'elle comportait, nous avions accepté cetto variante, et l'avions consignée dans le journal de Fontenay l'Indicateur, du 48 mai 4 873. M. A. P. -Malassis a fait de même dans le petit volume qui a pour titre : Molière jugé par ses contemporains ; Paris, Liseux, 4877, in-8°. La gravure, placée en tête du livre, les reproduit ainsi.
2. Le cristal étamé des miroirs devait être blanc; mais on verra, plus loin, que Molière avait introduit le blanc mat parmi ses couleurs favorites.
Le graveur, qui a ajouté un cadre à la gravure de Nolin, n'ayant pas sans doute de connaissances héraldiques, a mal interprété le champ du blason. Dans le dessin qu'en a fait M. Goutzwiller, les tailles ont été indiquées comme il convient pour la lecture.
A ces premiers renseignements viennent s'en ajouter d'autres. Parmi ceux, pleins d'intérêt, consignés par Jal dans son Dictionnaire critique de biographie et a" histoire, il en est un, p. 874, qui se rapporte au pseudo-heaume des armoiries données dans le livre de Perrault. « Molière, dit Jal, avait une vaisselle plate, marquée d'un caractère qui rappelait sa double profession de poëte et d'acteur. Au nombre des lettres que reçut Cabart de Yillermont, est un billet d'un certain Collinet1, qui vivait à Rochefort, auprès de Michel Bégon2. Il est daté du \h avril 1705 et contient ce passage : « La remarque curieuse que vous faites, par vostre lettre, des masques que feu M. de Molière avoit fait graver sur son service de vaisselle d'argent, a charmé nostre illustre magistrat (Bégon), et auroit fort embelli la nouvelle Vie que nous avons de cet auteur célèbre*. (Mss. de l'abbé Dangeau, Bibliothèque nationale.)
« Ce petit fait, resté inconnu jusqu'ici, ajoute Jal, méritait qu'on le citât, je pense. »
Il le méritait certes, car il fournit un argument de plus en faveur de l'authenticité des armoiries de Molière, et aidera peut-être à faire retrouver la trace de son service d'argenterie, estimé au poids, au moment de sa mort, 6,2/iO livres4. La voie est présentement ouverte; que les chercheurs se mettent en quête. La plupart des pièces de ce service ont dû être livrées à la fonte; mais il n'y aurait rien d'impossible à ce que quelques-unes fussent restées intactes. Ce ne serait pas un mince honneur pour l'un de nous de posséder les chandeliers d'étude, mentionnés dans l'inventaire de 1673.
4. Jacques Collinet, sieur de la Jarrie, né à Saint-IIilaire-de-Rié (bas Poitou), commis de l'administration de la marine, puis secrétaire de l'intendance de Rochefort. Il était amateur de médailles et d'objets d'art, comme son patron, et avait épousé la fille du graveur et éditeur d'estampes Pierre Landry, de Paris.
2. Michel Bégon, intendant de la marine à Rochefort, qui a écrit les biographies de plusieurs hommes célèbres du xvne siècle et fait graver leurs portraits, dans le but de composer un ouvrage analogue à celui que Charles Perrault publia plus tard. Ayant appris que ce dernier allait bientôt faire paraître la première partie du sien, il renonça à son projet et abandonna généreusement à son concurrent ses notes, le fruit de ses recherches personnelles et les planches déjà exécutées.
Régon n'appréciait pas le génie de Molière à sa valeur réelle. « J'estime Molière plus que Scarron, écrivait-il, le 8 février 1 689, à Cabart de Villermont ; mais n'y l'un n'y l'autre ne doivent passer pour des illustres du siècle. »
MM. de la Morinerie et Georges Duplessis ont publié des études remplies de détails curieux sur cet amateur des beaux-arts.
3. Il s'agit de la Vie de Molière, publiée par Grimarest en 1705, et non d'une autre, écrite par Régon, comme on l'a dit à tort.