Recherches sur Molière, par Eud. Soulié, p
3. Si l'on en croyait certains rêveurs, l'heure indiquée par ce cadran (2 heures 40 minutes) serait celle de la mort de Molière, arrivée dans la nuit du 17 au 18 février 1673. C'eût été un avertissement, mis à l'avance sous ses yeux, pour lui annoncer le moment de sa fin prochaine.
lèvres épaisses, sourcils noirs et forts. Il n'est pas jusqu'à la façon dont sa main tient la plume qui ne fasse pressentir l'écriture de la dernière période de sa vie (166/1-73), connue seulement par quelques signatures apposées au bas d'actes notariés ou de simples quittances, écriture ferme, correcte, appropriée à la nature de son génie, qui, de jour en jour, prenait un développement plus large, et s'élevait vers les plus hauts sommets que l'art dramatique ait jamais atteints.
Nous avons toujours été frappé, quant à nous, du type de cette main amaigrie et quelque peu infiltrée — main de malade — si strictement en harmonie avec celui de la tête qu'elle accompagne. Le mouvement des doigts est pris sur nature. C'est bien ainsi que devait procéder l'élève du calligraphe Georges Pinel, qui s'enrôla un jour, à sa suite, dans la troupe de Y Illustre Théâtre.
Quoi qu'on ait pu prétendre, la gravure de Nolin est la copie exacte de la peinture dont l'abbé de Monville parle en ces termes : « Mignard fit de Molière (1666-68) un portrait digne de l'auteur du Misanthrope, et digne en même temps de celui qui peignit le Val-de-Grâce, » portrait sans apparat, destiné surtout à servir de gage d'amitié. Resté en la possession de l'artiste, il était passé, après sa mort, dans celle de la comtesse de Feuquières, sa fille. On en perd la trace à dater de 1730; mais il ne saurait qu'être égaré. On assure, en effet, qu'il aurait été récemment retrouvé, et qu'il serait allé enrichir la galerie de M. le duc d'Aumale, d'où il sortira, sans nul doute, si le fait est vrai, pour figurer à la prochaine exhibition des portraits de célébrités françaises, lors de l'Exposition universelle1. L'estampe de Simonin, représentant au vrai « M. de Molière en habit de Sganarelle », qui passe pour avoir été gravée en 1666, offre une charpente osseuse du crâne et des traits à peu près identiques. Ce point de comparaison nous fît-il défaut, qu'on nous montre un seul autre portrait connu, auquel puisse convenir, aussi exactement qu'à celui de Nolin, la destination qui lui fut donnée, et la mention de l'abbé de Monville.
Nous serions même tenté de croire que la gravure a été exécutée sous la direction de Mignard. Les modifications, apportées, après coup, à la main droite et à quelques accessoires, sont trop caractéristiques pour que l'auteur de la peinture y soit demeuré étranger. Un souvenir rétrospectif du modèle a dû les provoquer. Le genre d'écriture de Molière exigeait, disons-le encore une fois, qu'on lui fît tenir ainsi la plume; ce qui
\. Étude sur Pierre Mignard, par M. Le Brun-Dalbanne. Paris, Rapilly, 4878, in-8°, p. 206.
n'a pas échappé à un œil attentif, surtout à un commensal de la maison du poëte. Une singulière bonne fortune nous a d'ailleurs apporté», ces jours derniers, un renseignement du plus haut intérêt, relatif à cette question. S'il ne l'élucide pas tout à fait, il la pose sur son vrai terrain. Nous le tirons d'une lettre, en date du 5 janvier 1686, adressée par le libraire parisien Thierry à un amateur de livres des environs de Blois, dont le nom nous est inconnu1.
« L'ordinaire s'est chargé pour vous, écrit Thierry à son client, d'une caisse et d'un paquet que vous prendrez soin de faire retirer de chez le messager de Bloys, avant lundy qui vient. Dans la caisse, vous trouverez les Œuvres de M. de Corneille (sic), en deux tomes in-folio ; les Testaments du sieur de Royaumont ; le Quinquina de M. de la Fontaine'; la Conduite de Mars - ; les Voyages de M. Thévenot ; le Labyrinthe de Versailles et la Science héroïque du sieur de la Colombière; le tout relié à vos armes. Suyvant vostre commandement, on y a ajouté quelques imprimés du jour ; mais vous ne pouvez estre satisfait pour les OEuvres de Molière, en deux tomes in-folio, quavoient entrepris les associés. Il n'y a eu d'imprimé que la préface et la vie de Vaut heur; après quoy, les espreuves envoyées à Vaprobation, il y a esté si fort retranché, que