RÉSULTATS ET OBSERVATIONS
La blépharoplastie par la méthode italienne donne généralement d'excellents résultats, ainsi qu’on pourra le voir dans les observations mentionnées ci-dessous. Le lambeau reste seulement un peu plus pâle que les téguments voisins, mais nous avons dit plus haut qu'il était facile d’y remédier avec un peu de maquillage ; la sensibilité cutanée est généralement lente à réapparaitre el assez souvent elle reste obtuse, la sensibilité à la pression profonde existant seule au détriment de la sensibilité superficielle à la piqûre. Mais la vitalité du lambeau
est excellente et, dans tous les cas connus — encore, malheureusemnent, en petit nombre, — on n’a jamais observé de résorption.
OBSERVATION Î (Bercer, Bull. et Mém. de la Soc. de chir., 47 mars 1880)
Malade atteinte à la face, depuis vingt-cinq ans, d’un lupus, aujourd’hui guéri, mais en laissant des déformations exceptionnelles des téguments du visage. La peau du front, du nez, des tempes, des joues, des lèvres, du menton, transformée en tissu cicatriciel, est tendue comme la peau d’un tambour et sa rétraction a occasionné :
4° Une atrésie assez complète des narines et une diminution de la
saillie du nez dont le relief est presque inappréciable.
2 Un double ectropion poussé aux dernières limites. Des deux côtés, le bord ciliaire, glabre, de la paupière inférieure dédoublée et étalée sur la joue, n’est guère distant de plus d’un travers de doigt de la lèvre supérieure, elle-même attirée en haut. A la suite de ces déformations, il y a dix ans, l'œil droit avait été perdu, après d’intolérables douleurs ; l'œil gauche commençait à s’altérer et il y avait de la photophobie.
Cédant aux sollicitations pressantes de la malade, M. Berger se résolut à une opération. La malade fut assoupie par une dose de 10 grammes de chloral, prise en plusieurs fois, douze heures avant l'opération, le chloroforme n'ayant pas été employé, à cause d’une insuffisance mitrale avee commencement d’asystolie.
Premier lemps. — Incision profonde sur toute l'étendue du sillon naso-jugal, de l’aile du nez jusqu'à l’apophyse orbitaire interne ; de cette incision on en fit partir une autre, transversale, divisant toute l'épaisseur de la peau et des tissus sous-jacents, à égale distance du bord libre de la lèvre et de la paupière qu’elle contournait et que l’on prolongea, en dehors, jusqu’à l’arcade zygomatique. Puis les parties situées au-dessous de cette incision furent libérées et détachées des parties sous-jacentes jusqu’à ce que le bord libre de la paupière inférieure püt être sans traction amené au contact de la paupière supérieure. Ce temps de l’opération fut entravé par une hémorragie très notable.
Deuxième temps. — Le bord libre des deux paupières fut avivé et la suture palpébrale fut faite au moyen de cinq points de suture métallique réunissant les quatre cinquièmes externes de la fente palpébrale.
Troisième temps. — Le bras gauche fut amené dans la position qu’il devait occuper, en avant du visage, l’avant-bras fléchi sur le côté opposé de la tête. On dessina sur la peau de la région antéro-interne du bras un lambeau à base tournée vers le coude, à sommet dirigé vers l’épaule, lambeau de la forme de la plaie vive qui séparait alors la paupière inférieure de la lèvre, mais dépassant celle-ci d’un bon centimètre en largeur et d’un tiers en longueur. Ce lambeau fut circonserit et disséqué avec toute l'épaisseur du tissu cellulaire qui le doublait et même vers le milieu un peu de l’aponévrose brachiale qui lui fut laissée adhérente.
Quatrième temps. — Le lambeau fut retourné, sa face cruentée vers
ÉGTE:
le visage de la malade, sa pointe vers l'angle externe de l'œil; il remplissait exactement et sans liraillement toute l'étendue des deux tiers internes de la plaie du visage. On le fixa par dix-huit points de suture métalliques. |
Cinquième temps. — Un appareil plâtré prenant le dos, les épaules, les parties latérales de la poitrine, la nuque, la tête, le bras, le coude et l’avant-bras de l’opérée fut appliqué ; une compression très douce fut exercée sur la face cutanée du lambeau pour l'appliquer intimement sur le visage dans toute son étendue. Application d’une cuirasse de bandelettes de diachylon sur la plaie du bras.
Le bras de la patiente fut immobilisé pendant vingt et un jours. Mais, dès le huitième jour, la malade ressentant une grande fatigue, on enleva toute la partie de l’appareil plâtré correspondant au bras et l’on fixa le bras à la portion céphalique et dorsale de l'appareil par quinze à vingt bandelettes de diachylon renouvelées tous les jours.
-Le vingt-deuxième jour, on enleva l’appareil, qui avait déterminé quelques eschares peu profondes au niveau de l’épine de l’omoplate. Le lambeau était sensible, de coloration normale et semblait fortement adhérent. On sectionna le pédicule d’un coup de ciseaux. Aussitôt le lambeau pâlit, devint insensible et resta deux jours entre la vie et la mort ; le troisième jour sa circontérence devint légèrement rosée et le huitième jour sa vitalité était assurée. Mais la sensibilité revint avec une lenteur extrême ; six mois après, elle était encore très obtuse.
Etat actuel de l'opérée. — Le lambeau brachial vit et constitue à lui seul toutes les parties molles de la joue. La lèvre est cependant attirée encore un peu en haut et la paupière manifestement en bas, mais surtout en dehors, où le lambeau n’avait pu combler le vide créé par les incisions libératrices. L’adhésion des paupières est solide, mais la cicatrice qui les unit est fortement tiraillée ; le quart interne de la fente palpébrale n’est pas réuni; en ce point la vision se fait à travers un vide de 5 à 6 millimètres carrés. L’œil gauche est sain.
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OBsERvATION II
(BerGer, france médicale, 1889, p. 1445)
Jeune fille de vingt ans ; à l’âge de dix-huit mois, est tombée, le visage sur un chenet brûlant ; l’eschare de la paupière inférieure gauche, produite par cette brûlure, avait déterminé par sa chute une perte de substance dont la rétraction cicatricielle avait été suivie d’ectropion total de cette paupière. Il en résultait une difformité qui avait été plutôt accrue par trois tentatives de réparation, l’une pratiquée à l’âge de sept ans, à la suite de laquelle l’ocelusion palpébrale fut maintenue pendant un an; les deux autres, il y a dix-huit mois, par le procédé de Warthon Jones et sans occlusion préalable. Non seulement il y avait un ectropion total de la paupière inférieure gauche, mais des cicatrices très visibles et un peu chéloïdiques, résultant des opérations pratiquées, s’étendaient jusqu’à la région malaire et constituaient une bride fortement saillante et tendue au niveau du grand angle de l'œil. Les bords palpébraux étaient-en grande partie dépourvus de cils et la paupière inférieure, quoique peu déformée, était cicatricielle elle-même.
Afin d’épargner à cette jeune fille de nouvelles incisions au visage, qui, en cas d’insuccès de l’opération, eussent pu la défigurer encore davantage, M. Berger résolut de prendre au bras la matière propre à la réparation.
L'opération fut pratiquée le 1°’ août 1888.
La totalité du tissu cicatriciel qui maintenait le bord libre de la paupière fixé à la région malaire ayant été circonserite par une incision et excisée, la surface conjonctivale et le bord libre des paupières furent libérés, relevés et fixés à la paupière supérieure par une tarsorraphie. Puis un lambeau pédiculé dont le siège, la forme, les dimensions et la direction avaient été déterminés d'avance, fut taillé au bras sur la région bicipitale gauche. Le bras étant relevé sur le côté de la face et l’avant-bras replié sur le sommet de la tête, ce lambeau retourné vint s'appliquer par sa face cruentée sur la perte de substance de la paupière inférieure, où il fut fixé par une suture très exacte de ses bords avec du fil de soie fin. La plaie laissée à découvert par la dissection du
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