CUT GAS
lambeau fut également réunie par la suture. Pour fixer l’avant-bras et le bras à la tête pendant le temps nécessaire à la parfaite adhésion du lambeau brachial à la paupière, M. Berger employa un appareil assez semblable à celui auquel avait recours Tagliacozzi, une sorte de capeline se rattachant à un corset et sur le sommet de laquelle le membre supérieur, entouré d’un gant lacé remontant jusqu'au-dessus du coude, était maintenu au moyen de courroies et de liens bouclés passant dans des coulisses. Un pansement ecompressif au salol entoura toute la région qui avait été le siège de l'opération.
Les deux premiers jours seuls furent un peu pénibles et fatigants ; vers le quatrième, la malade put déjà se lever et se promener dans la salle avec son bras fixé sur la tête. Le 13 août, douze jours après l’opération, le pédicule qui rattachait le lambeau au bras fut sectionné ; le lambeau était à ce moment solidement adhérent à la face ; il ne fut nullement troublé dans sa vitalité par le détachement de son point d’attache. Le 6 septembre, M. Berger fit une petite opération complémentaire pour diminuer la saillie que faisait à la face le pédicule du lambeau.
Les paupières ne furent séparées que le 15 juillet 1889, près d’un an après l'opération: à ce moment, le lambeau s'était parfaitement confondu avec la peau de la face, sur laquelle il tranchait néanmoins encore par sa pâleur.
Actuellement, ee lambeau est sensible, il rougit sous l'influence des pressions exercées sur lui. L'ectropion ne s’est pas reproduit, mais comme la paupière inférieure est dépourvue d’orbiculaire, l’occlusion palpébrale ne peut se faire d’une manière complète. Le renversement persistant du point lacrymal inférieur s’accompagnait tout récemment encore d’un larmoiement incommode ; celui-ci a presque complètement disparu, ce qui prouve que la tendance du bord palpébral au renversement est plutôt diminuée. Enfin, la légère différence de coloration qui persiste entre le lambeau et les téguments environnants est très aisément masquée par un peu de maquillage.
En résumé, le résultat obtenu a été le résultat cherché : une notable correction de la difformité et une disparition presque complète des troubles fonctionnels, photophobie et larmoiement.
Thib. 3
Onservarion III (BerGer, /bid.)
Une femme, ayant contracté la syphilis de son nourrisson, perdit, des suites de cette affection, le nez, la lèvre supérieure, les téguments du front et des deux joues. L’œil dreit, atteint de kératite interstitielle, semblait perdu ; l'œil gauche, constamment à découvert malgré la conservation de la paupière supérieure, était menacé du même sort. Pour le préserver, M. Berger entreprit de restaurer la paupière inférieure de ce côté et de la suturer à la paupière supérieure dans ses deux tiers externes seulement, afin de ménager vers l'angle interne de l’œil une lucarne à travers laquelle la vision pût s'effectuer ; car il eût été impossible de condamner la malade à une.cécité complète et prolongée, en pratiquant une suture palpébrale plus étendue. ;
Le plan suivi pour cette opération fut à peu près le même que dans le cas précédent. Un grand lambeau pédiculé, taillé sur le bras gauche, fut amené sur la joue et sur la région palpébrale inférieure, après que ce qui restait encore de la conjonctive inférieure et les parties attenantes de la cicatrice faciale eurent été relevés et suturés à la paupière supérieure, pour reslaurer un rudiment de paupière.
Le lambeau brachial ayant été suturé à la face, le bras et l’avant-bras furent maintenus relevés au contact de la tête au moyen d’un appareil analogue à celui employé dans le cas précédent.
Les suites de l'opération furent simples ; elle avait été pratiquée le 23 juillet 1889 ; le 3 août, c’est-à-dire onze jours après, le pédicule du lambeau fut coupé et le membre supérieur put être détaché. Pendant tout ce temps, l’opérée avait pu supporter sa position sans trop de fatigue, les principales fonctions s'étaient opérées sans difficulté, le moral était resté très bon. Le lambeau ne fut nullement atteint dans sa vitalité par la section de son pédicule ; ce ne fut que vers l’angle interne de l’œil que se produisit un peu d’écartement entre la pointe et la racine du nez. Une dizaine de jours après, il fut procédé à l'adaptation de la partie exubérante du lambeau à la région malaire.
Actuellement, l'œil gauche est recouvert par un voile formé par la suture palpébrale, voile qui laisse vers le grand angle une fenêtre par laquelle s’effectue la vision. Le lambeau recouvre la presque totalité de
AS SRE la joue; il est même attiré en bas par la cicatrice qui remplace la lèvre supérieure ; il faudra donc attendre que cette rétraction se soit épuisée, un an au moins, avant de séparer les deux paupières; mais auparavant il faut recommencer la même entreprise sur l'œil droit et tenter, par une opération analogue, de délivrer la malade des douleurs incessantes que lui cause l’exposition constante de cet œil à l’air et à la lumière; peut-être même sera-t-il possible d'obtenir le retour de la cornée à un état de transparence suffisant pour permettre la vision.
En résumé donc, dans cette dernière opération le but recherché a été la disparition des douléurs et la conservation de l’œil menacé : on peut dire, par conséquent, que le résultat prouve que ce but a été atteint.
Osservarions IV et V (BerGer, Bull. Ac. de méd., Paris 1896, 3° s., XXXV, 624)
Une malade était atteinte d’un double ectropion total de l'œil gauche, dû à une ancienne cicatrice de brûlure occupant les régions frontale, temporale, génienne et palpébrale correspondantes. L’œil, complètement à découvert, était atteint d'opacité cornéenne et menacé de perte prochaine.
Le 21 novembre 1895, M. le Professeur Berger commence à libérer les paupières par une incision circonférencielle qui permit de les disséquer et de les amener au contact ; leur bord libre fut avivé et suturé, et sur la perte de substance constituée par la dissection et la libération de leur face cutanée, il implante un grand lambeau en Y, emprunté au bras gauche, lequel fut maintenu à la tête par l'appareil employé habituellement par M. Berger.
Le pédicule du lambeau fut sectionné au bout de douze jours, adapté à la région temporale quinze jours plus tard. La fixation du membre supérieur à la tête avait été très bien supportée et le lambeau était bien vivant.
La suture palpébrale ne fut ouverte que six mois plus tard ; les paupières, douées de tous leurs mouvements, se ferment sans difficulté, toutes les douleurs et la photophobie ont disparu et la cornée à repris
toute sa transparence.
LG
Un autre cas, plus grave encore, à trait à un double ectropion total de l’œil gauche, dû à une brûlure ancienne, ayant détruit tous les téguments de la moitié correspondante de la face. La face conjonctivale des paupières retournées est tournée directement en avant, l’œil est perdu, la cornée est opaque et perforée ; les douleurs sont intolérables.
Après que M. le D' Galezowski eut procédé à l’énucléation de l’œil perdu, le 5 février 1896, la libération des paupières, la suture palpébrale, l’adaptation sur l'énorme plaie d’avivement de la face d’un vaste lambeau en Y emprunté au bras furent pratiquées. Le bras resta fixé à la tête pendant neuf jours, au bout desquels le pédicule du lambeau fut sectionné, puis adapté à la région temporale.
Au moment où M. le Professeur Berger présentait cette malade, la suture palpébrale tenait toujours et était solide et le lambeau, partaitement vivant, recouvrait une bonne partie du front et la majeure