‹ La Blessure intérieure de Janvier à fin Mai 1916Chapitre 109 sur 221 · MASQUES NOUVEAUX SUR LES ANCIENS VISAGES · texte numérisé non relu

MASQUES NOUVEAUX SUR LES ANCIENS VISAGES

Pour donner idée de ce que furent ces trois années de complots, d'émeutes et de déchirements, imaginons que, l'été dernier, les Allemands étant à Noyon, le chef conslilulionnel de l'Étal ait été arrêté pour être juge, condamné et exécuté au courant de l'hiver.

Moins de cinq mois après ce 21 janvier, le 2 juin, les oraleurs les plus influents de la majorité de la Chambre, depuis M. Barthou jusqu'à M. Viviani, seront arrêtés.

Le ïo juillet suivant, M. Vigo sera frappé dans sa baignoire'.

Peu après, on arrêtera 7i membres du parti Viviaui-Bniihou ; le 21 octobre, tous ses chefs seront guillotinés.

M. Caillaux devient seul maître du pouvoir. Il croit gouverner seul. Mais M. Clemenceau, par ses déclamations: « de l'audace, encore de l'audace », d'une part, d'autre part M. Hervé, par les frénésies truculentes et guerrières de son Père Duchêne, lui portent ombragé : il fait couper le cou à M. Clemenceau et à M. Hervé.

Deux mois après, c'est le tour de M. Caillaux de porter sa tête dans la lunette, en compagnie de MM. Accambray, Brizon, Ceccaldi et deux ou trois autres.

I. Un lacet a servi depuis ù l'étrangler dans sa prison, le 1 i aoùl 1917.

Est-ce fini? On le voudrait, mais quelle erreur 1 L'année suivante, il y aura deux insurrections en deux mois. Ce qui n'empêche pas qu'à la fin de mai 1917 on coupera encore le cou aux derniers amis des Caillaux-Robespierre et des Clemenceau- Danton.

La Convention expire, mais les réactionnaires et les révolutionnaires continuent la bataille avec des hauts et des bas furieux. On mitraillades royalistes, mais on coupe le cou à toute une fournée de Sébastien Faure et le gouvernement directorial qui s'installe cahin-caha croira se garder des camelots du roi en déportant à Cayenne deux ou trois des organisateurs de notre victoire ou se débarrasser des élus avancés en déclarant leur élection nulle jusqu'au retour du général X....

Je ne continue pas cette monotone série, car il est impossible de rêver une suite d'événements plus complètement idiote. Eh! bien, votre Convention, la voilà. Comment des êtres doués de raison osentils élever au rang de canon politique cette tragédie délirante? Je peux comprendre le sentiment des patriotes ardents qui reprochent à Taine de n'avoir voulu voir en tout cela qu'un ballet de gorilles en démence : le respect est dû à l'histoire de notre passé; un si violent accès de fièvre chaude poussée jusqu'à ce délire de la fureur, s'il est éprouvé par une personne morale comme la France, doit porter malgré tout, quelque reflet de dignité. Et pourtant, la pudeur écœurée de Taine est plus intelligible que l'admiration superstitieuse qui propose comme un modèle de conduite ce guêpier d'accusations et de

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