LES IDÉES QUI MÈNENT LE MONDE
Nous essayions hier de montrer au Rappel comment l'activité et l'esprit d'autorité de la Convention s'expliquent naturellement par l'accord préalable élaboré au demi-siècle précédent par ie parti des réformateurs ou des philosophes. Les faits d'incoordination et de laisser aller trop légitimement imputés aux assemblées contemporaines s'expliquent de même par leur absence d'esprit commun puis de volonté générale....
Cette lacune est due à ce que, d'une part, les idées révolutionnaires n'ont pour ainsi dire plus de croyants, même et surtout dans les partis dits avancés, l'expérience de cinq quarts de siècle ayant détruit toute confiance, toute foi enthousiaste et vivace, dans ces idées démontrées fausses, tandis que, d'autre part, les idées organiques élaborées au xix" siècle par la philosophie catholique et positiviste, par la critique historique et sociale, dont V Action française a fait la synlhèse, n'ont pas encore achevé leur conquête de l'esprit français et ne sont installées qu'à moitié dans les organes dirigeants de la société et de l'État. Elles y sont en partie, certes ! J'en prends à témoin tout le vocabulaire guerrier de la République française. Elles y sont incomplètes et peu puissantes, étant accueillies par la fâcheuse, absurde et contradictoire maxime « V Action française sans le roi... ■».
M. LE PRÉSIDENT DELEGORGUE. 161
Deniandcr à des organes constilulionnels qui ne croient plus à l'esprit de leur constitution et qui s'inspirent du principe opposé sans vouloir néanmoins en utiliser rcssentiel, leur demander, à ces organes divisés contre eux-mêmes, l'élan, la fermeté et la foi de 1790 et de 1794, c'est élever à leur égard la plus inique des exigences.
Recourir aux idées et aux procédés révolutionnaires? La foi ne se commande pas. Ottc foi ne serait possible qu"à la condition de fermer les yeux à tout le paysage historique du xix'= et du xx" siècle. La République a tàté de ce beau programme de fîdéisrae conventionnel, elle a même voulu l'exporter, elle a essayé de l'apidiquer à Constanlinople, et c'est pourquoi l'Europe en est où la voilà. Faire un roi? C'est ce qu'il faudrait, c'est ce qui est implicitement demandé par toutes les tendances, tous les vœux, toutes les grandes lignes de la situation.... Mais il faudrait que les intéressés (savoir tous les Français) en prissent conscience, afin que ce qui est, devenu sensible, finisse par déterminer les cerveaux et les cœurs.