‹ La Blessure intérieure de Janvier à fin Mai 1916Chapitre 116 sur 221 · L'ACTION DE LA JEUNESSE · texte numérisé non relu

L'ACTION DE LA JEUNESSE

La jeunesse y vient, par la vivacité de sa logique naturelle, le libre et souple jeu de ses facultés intellectuelles et morales.

Un de nos meilleurs étudiants me fait l'amitié de m'envoyer le dernier bulletin de la Fédération des industriels et des commerçants français, rendant compte d'une réunion récente avec conférence de M. Victor Cambon et de M. André Lebon. « 11 me

M.\URRAS. — IV. 11

semble, dit ce jeune homme de sens, que ces documents marquent d'un point juste l'état d'esprit actuel du gros commerce, le chemin parcouru et, hélas! le chemin à faire pour poser convenablement la question politique. André Lebon a fait applaudir l'affirmation, que vous avez posée le premier et que vous eûtes tant de plaisir à voir admettre vers 1902 par G. Deherme, que Vintérêt général n'est pas la somme des intérêts particuliers. Cambon montre les bienfaits du Pouvoir unique et stable au Maroc, mais ni l'un ni l'autre ne concluent, et l'on est étonné de voir un ancien ministre, un homme d'affaires comme Lebon, terminer en invitant les parlementaires à préférer l'intérêt général à leur intérêt particulier : tout comme le Sillon d'antan!

Il est piquant en effet de voir aboutir à un postulat de morale individuelle et mystique des esprits comme M. André Lebon, payés pour savoir ce qui meut les hommes dans les cas moyens, constants, réguliers de la vie sociale d'après lesquels il faut calculer leur réaction politique. Un politicien peut préférer une fois, deux fois, dix fois le bien public à sa réélection. Il ne peut faire de cette préférencesuicide la règle de conduite habituelle. Il est souverainement imprudent de confier le sort du pays à un régime où cette sorte d'alternative doit se poser à chaque instant

Le problème, comme nous l'écrit notre étudiant, est essentiellement de trouver un régime tel que l'intérêt de l'auteur de la loi suprême ne soit pas opposé à l'intérêt le plus général, mais y soit plutôt concordant et môme identique. C'est le cas du

M. LE PRÉSIDENT DELEGORGUE. 103

régime monarchique héréditaire : non qu'il exclue 1p fait accidentel d'une opposition entre le roi et la nation, mais parce qu'en son principe générateur, dans son fonctionnement habituel, il échappe à cette opposition qui est flagrante dans le principe du régime électif démocratique et républicain.

Page 1