UN ET PLUSIEURS
Le Rappel d'hier répond à mes vieilles objections du 24 février sur son identification, vicieuse à mon sens, entre les vertus de la monarchie et celles de la république, son contraire. Le gouvernement d'un seul a la force de l'unité. La souveraineté, le gouvernement de plusieurs aura cette force, dit le Rappel, et cessera de participer de la division qui est inhérente au nombre « si le nombre délègue sa souveraineté à un pouvoir exécutif, hardi, représenté par le ministre de la guerre ».
Je n'ai pas d'objection à ce si, mais je suis bien forcé pourtant de voir que ce si tranche au nom du Rappel, ce qui n'est tranche ni par le texte constitutionnel, ni par l'usage. Le ministre de la Guerre pourrait être le souverain, il ne l'est pas. Il doit partager la souveraineté constitutionnelle avec 20 ou 24 ministres, particulièrement avec le Président du Conseil, ministre des Affaires étrangères, le ministre de la Marine, le ministre de l'Intérieur : le Président de la République n'est pas armé en fait pour les départager.
Ces défauts matériels du souverain collectif disparaîtraient si les délégués du parlement étaient reliés par un puissant esprit public comme celui de
la fin du xviii^- siècle, dont nous parlions hier. Cet esprit pourrait inspirer des sottises, ce vent pourrait conduire à de graves écueils, mais il conduirait, il inspirerait, il régnerait, il serait roi comme Jean- Jacques Rousseau était roi sous le nom de Louis XVI. Or, c'est un fait, l'esprit en question n'existe pas. Ce vent ne souffle pas. On serait sage d'inventer, de trouver quelque chose, électricité ou vapeur, pour suppléer ce moteur manquant. Le comble de la sagesse serait de revenir, en tout ou en partie, 'au système d'autorité purement militaire qui a donné de bons résultats entre septembre et décembre 1914, auquel nous devons les victoires de la Marne, de l'Aisne, de l'Yser et du Grand-Couronné de Nancy. Évidemment, on peut se tromper (tout comme un roi se trompe) au sommet de la hiérarchie militaire. Mais on peut aussi y réparer les erreurs avec ordre, discrétion et célérité.