LE PRINCE HÉRITIER DE SERBIE
La réception que Paris vient de faire au prince héritier de Serbie est celle que nous espérions et annoncions hier : ardente, digne, sûre, exprimant cette admiration chaleureuse qui est due à la bravoure extrême, mais nuancée par le respect qu'impose le sentiment d'une épreuve et d'un deuil immenses. Ce jeune homme de tant d'espérances vient représenter à Paris le martyre d'une nation. Il faut le combler des sérieuses acclamations qui nous engagent d'honneur envers lui et envers elle. Il ne faut pas que ce héros puisse croire à la moindre légèreté de la part de nos citoyens. Nous devons montrer que nous savons et que nous sentons à quoi cet accueil nous engage.
La ^Maison de Serbie est, avec la Maison de France, la seule dynastie européenne qui puisse s'honorer, en ligne masculine, d'une origine parfaitement indigène. Ni le roi d'Angleterre, ni le roi des Belges, ni le roi d'Italie, ni le tzar de Russie, ni le roi de Prusse, ni l'empereur d'Autriche, ni, à plus forte raison, aucun roi des Balkans ne saurait se parer de ce privilège historique. Des Karageorgevitch et des Capétiens seuls on peut dire à peu près comme le poète de Simone :
Il est sorti du sol de la patrie
Le vert laurier qui couvre leur berceau.