‹ La Blessure intérieure de Janvier à fin Mai 1916Chapitre 144 sur 221 · NOS AMIS SERBES · texte numérisé non relu

NOS AMIS SERBES

et j'avoue que j'ai beau réfléchir, m'endoctriner, me forcer dans le sens des gens raisonnables et des esprits forts, je ne me défends pas d'être profondément sensible à ce prestige magnifique d'un roi national. Ce fier souvenir me paraît faire partie de la beauté et de la noblesse de mon Paris. Si j'étais citoyen serbe, en allant saluer le chef de ma nation, j'éprouverais aussi une vive satisfaction intellectuelle à me dire qu'un Souabe règne à Berlin, un Lorrain à Vienne, un Savoyard à Rome, un Saxe- Cobourg à Bruxelles-Le Havre, un Danois à Pélrograde, mais que le pavois de Belgrade porte un chef qui, de mâle en mâle, si haut que l'on remonte, aligne des aïoux de la même tradition et du même sang autochtone.

Des liens plus directs nous attachent au roi Pierre et à ses enfants. Je ne parle pas du grand sacrifice de l'an passé. Plus anciennement, en 1870, le roi de Serbie a servi bravement sous notre drapeau contre l'invasion allemande. De toutes les armées d'Europe, les officiers français, ses anciens camarades de Saint-Cyr, ont été les premiers à le féliciter de son avènement. Rappelons-nous enfin que les seuls étrangers qui aient pris place dans le cortège à la statue de Strasbourg, en mars 1914, ont été nos amis les étudiants serbes, qui, s'élant adressés à nous pour faire valoir leurs droits, trouvèrent dans ï Action française le concours dévoué dont ils étaient dignes.

Je vois encore quelques-uns de nos jeunes étudiants annoncer à Pujo que des métèques voulaient en être. Des métèques! Qu'on se rappelle ce que

signifiaient ces mots au Quartier, Mais Pujo, dans sa barbe, exposa qu'il y avait métèques et métèques, et que la demande des sujets du roi Pierre, ancien combattant de 1870, devait êtrfe soutenue. Avec leur haute intelligence et leur eritière confiance, nos jeunes amis acceptèrent son avis sans alléguer de vaines raisons tirées de cette logique prétendue qui ne s'embarrasse jamais que d'une idée à la fois. Le même fier pays peut avoir horreur et honte d'être gouverné par un consortium anonyme d'hôtes étrangers sans personnalité ni responsabilité, et connaître pout'lant le prix des sympathies internationales, l'utilité des alliances, la nécessité d'avoir des hôtes et des amis par tout l'UrtiverS: Ce fut pour Maurice Pujo et ceux qui l'assistèrent et le secondèrent alors une véritable joie de la raison que la rapidité aveé laquelle nos jeunes amis s'acquittèrent de cette partie de leur i'ôlê, assignèrent à leurs camarades serbes la place d'hontieur qui leur revenait et surent expliquer à tous les éléments, de nos écoles parisiennes les motifs dé cet acte de haute et courtoise fraternité.

De tous les artisans de cette jeune diplomatie spontanée^ combien en ces vingt mois ont pét-i, le fusil ou i'épée à la main! Ah! ces beaux noms san^ glanls que nous savons par cœurj rien ne me défendrait de les tracer à cette place, mais il est déjà trop douloureux d'y penser et, comme dit le Vieux poète parisien,

En éseriVant telle parole

A peu que le cueur ne me fend

UN AIR DE TftTE DE M. MALVY'

24 mars 1916.

Pourquoi M. le ministre de l'IiiLérieur prend-il des grands airs quand on lui parle de l'un de ses bureaux qui, avant la guerre, ne marchait pas et qui, depuis là guerre, marché peu ou fort mal? Les quatre ministres successifs de la Guerre sur lesquels se sont acharnés ou s'acharneront les commissions ont toujours affecté en réponse une mansuétude et une courtoisie exemplaires. Cependant, M. Millerand et le général Gallieni pouvaient montrer comme un titre d'honneur leurs collaborations personnelles et celle de leurs services aux plus grands et aux plus glorieux de nos faits de guerre. En revanche, la question de l'espionnage est si peu réglée, l'administration centrale dirigée par M. Malvy a si bien « raté » dans tout ce domaine que l'administration militaire a dû intervenir au moyen d'affiches célèbres et grosses d'aveux. Les insuccès de M. Malvy expliquent sa mauvaise humeur, son ton désagréoble : lui donnent-ils le droit de faire l'arrogant?

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