LE MANOIR A L'ENVERS
La façon dont il s'est exprimé à la tribune du Sénat sur l'auteur de V Avant-Guerre est un pur scandale*. M. de Lamarzelle a dû faire observer que
\. A propos d'une interpoUolion de ^I. Gandin de "S'illaine. 2. " M. Léon DaUdet, a dit M. Malvy, n'avait qu'à m'apporter
les avertissements de Léon Daudet étaient antérieurs aux hostilités. Ce simple fait précise la situation, institue les préséances par les priorités et fait mesurer les distances de M. Malvy à Léon Daudet. Dans un État bien réglé, le ministre imprévoyant aurait dû céder sa place au bon citoyen vigilant qui avait prévu et prédit juste : en tout cas, il lui devait les signes de sa déférence ou du moins de sa modestie. Dans une société bien ordonnée, le magistrat ou le fonctionnaire distrait et convaincu de négligence se découvre et s'incline devant Thomme compétent qui a fait son devoir.
Dans notre manoir à l'envers, il n'y a pas à s'étonner de cette subversion générale des principes élémentaires de toute civilisation. Ce n'est plus la logique, ni la justice, ni la décence qu'il faut considérer, mais le jeu simple et naturel d'instincts et d'intérêts revenus aux confins de l'état sauvage. De ce point de vue tout s'explique. Il y va de soi que ceux qui n'ont rien su, rien vu ni rien prévu affichent un dédain superbe pour ceux qui, ayant prodigué les avertissements, n'en ont pas profité pour faire une révolution devant l'ennemi. Plus les incapables se sont trompés, et plus on les a écrasés sous le désintéressement du patriotisme, plus ils se redressent et sifflent en affichant l'orgueil. Cette réaction très naturelle était attendue de leur part, comme les intrigues de presse ou de prétoire qu'ils
ses renseignements. Tous les concitoyens peuvent se confier
à moi Mais, pour moi, il y a certains services publics
que je ne peux pas consentir à confiera M. Léon Daudet. • L'expérience montre que c'était tant pis pour la France.
UN AIR dp: TfiTE DE M. MAl.VY. -201
ont multipliées pour se garder d'une comparaison qui les lue.
L'esprit de la situation peut se résumer en deux mots. Comme l'a dit M. Gaudin de Villaine, Daudet ne saurait se confier en M. Malvy, qui a vraiment trop peu roussi dans sa charge. Il faudrait la nécessité la plus urgente et l'impossibilité de procéder autrement pour décider un écrivain patriote et lucide à porter ses renseignements chez M. Malvy, mais cela ne sort pas absolument des choses possibles, et les royalistes en ont fait bien d'autres dans l'intérêt public : sans se confier à lui on pourrait se résigner à lui faire savoir ce qu'on préfère confier à d'autres canaux. Mais, en revanche, l'impossible, c'est que M. Malvy, fondé de pouvoirs d'un parti, fasse un pas, un seul pas hors de la zone des factions auprès de l'écrivain et du guide informé, même pour accomplir le plus haut devoir de sa charge, même pour rendre un service capital au pays.
M. Malvy est commandé par l'intérêt dém.ocralique, Léon Daudet sert l'inlérel français.