LE GRAND CONSEIL QUI SIÈGE EN FRANCE
27 mars 1!H8.
On trouvera plus loin les saluts éloqnents échan gés hier soir entre les présidents du conseil des ministres de France et d'Italie. On s'en réjouira, on s'en enorgueillira avec nous. Ce conseil est utile-. Une note excellente en montre le rapport avec l'état de la guerre. IMais on me permettra de faire observer à quelques écrivains ce qu'il y a d'excessif, d'inacceptable dans les bizarres éloges qu'ils donnent à la France.
Que la Conférence se réunisse à Paris, l'étonnant c'est qu'on s'en étonne. Ce grand conseil doit y siéger de toute éternité. Il y a quinze siècles que la France est où elle est : carrefour de nations, promontoire et poste avancé de l'Europe. La position centrale, la richesse de son territoire, la bravoure et l'intelligence de ses enfants l'ont élevée au premier rang. Ses malheurs l'y ont maintenue. Quand dix de nos départements sont écornés ou recouverts par l'invasion, quand nous représentons le premier intérêt des belligérants, quand l'ennemi lui-même est contraint de nous appeler son principal adversaire, quand notre or, nos villes, nos maisons, sans compter le plus pur de notre sang, exercent les vertus de défense, de protection et d'hospitalité sur les magnanimes petits peuples que les Barbares écrasent et dépouillent, il est vraiment un peu neuf de prendre pour des politesses ou pour des hom-
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mages gratuils les conséquences naturelles de la situation ifue nous avons héritée de nos pères ou bien reçue d'un ennemi, hérité lui aussi.
Cette situation, elle fait la France. Ces coups, nous y étions éternellement exposés, et c'est môme en raison dé ce risque et de cet honneur attachés à l'être moral et matériel de la patrie que nous n'avons cessé de réclamer pour elle des institutions qui soient à sa mesure. Ainsi exposés, c'est trop bêle de nous donner le régime d'Andorre, de Saint-SMarin ou de ces Étals-Unis d'Amérique pour lesquels la politique extérieure est encore un luxe européen. L'étfendue de nos besoins nous oblige a la force, le haut degré de cette force nous oblige à l'économiser et à l'organiser au-dessus de l'afTreux et sanglant gaspillage démocratique. L'antique royauté, non contente de faire la France morceau à morceau, savait aussi défaire de siècle en siècle les Allemagnes^ et le plus souvent par des moyens de pure diplohiatie. Les moyens républicains sont plus onéreux. Puisse, au siècle prochain, un Bàinville nouveau raconter comment Philippe VIII et ses successeurs auront su reprendre la grande œuvre historique pour le repos de l'univers!