‹ La Blessure intérieure de Janvier à fin Mai 1916Chapitre 15 sur 221 · LA RÉPONSE DES VIEUX · texte numérisé non relu

LA RÉPONSE DES VIEUX

M. Ileuuess}', à qui je Iburnis cxcuiples el développements, n'y met pas la même rigueur que nous. C'est que les idées ([ui lui semblent nouvelles, nous en traitons ici et ailleurs depuis plus de vingt ans. Ce qui fait qu'elles sont connues de nous, non seulement dans Icui' nature, mais dans les rapports qu'elles soutiennent les unes avec les autres et avec les idées ou institutions d'alentour. Il manque à vrai dire une mise en ordre à l'ardente oraison de M. Hennessy. Mais tout le détail en est bon.

La population augmentait partout. Pourquoi, demande M. Hennessy à ses aînés, n'avez-vous pas réglé par des lois « les conditions matérielles qui favorisent la natalité »? — Parce que, diront-ils, l'individualisme révolutionnaire, base de la République, nous éloignait de faire de telles lois, crues réactionnaires par nous. Comme si la vraie réaction n'était pas colle qui dépeuple de belles provinces!

Comment avez-vous laissé péricliter notre marine? — Par esprit et par trad'lion démocratiques, dirontils.

Comment n'avez-vous pas construit de \asles ports? — Parce' que l'intérêt électoral obligeait, diront-ils, à disperser nos ressources entre les petits ports.

Comment n'avez-vous pas flanqué notre diplomatie d'une Corle organisation consulaire / - Parce que ces dépenses à long terme, faites hors de France, en vue de desseins à grande portée, ne paient pas l'élection d'un parlementaire.

li LES CONDITIONS DE LA VICTOIRE.

Comment avcz-vous pu laisser vos banquiers exporter l'or français? — Parce que les banquiers sont les maîtres de la République, gouvernement des richards, et que démocratie c'est ploutocratie.

Comment n'avez-vous pas prévu que vous seriez attaqués par le nord plutôt que par Test? — Parce qu'il eût fallu en être certain, que la certitude suppose une police militaire bien faite, que la ruine du Service des renseignements en 189Ù a brisé notre service d'espionnage, discrédité nos offres aux traîtres du dehors, découragé pour longtemps jusqu'à nos informateurs bénévoles.

Pourquoi n'avez-vous pas décentralisé"? — Parce qu'il est mathématiquement impossible, en démocratie, de passer de l'état centralisé à l'état décentralisé : le régime électif s'y oppose, toute concession aux assemblées communales ou provinciales étant non seulement prise sur l'avoir du parti régnant, mais risquant d'entraîner la ruine de son pouvoir.

Comment avez-vous laissé avorter les réformes sociales réalisées » presque sans discussion » en de nombreux États étrangers ? — Parce que ces États ne sont pas, comme nous, sous le régime de la discussion : M. Guesde était d'accord en 1904 avec Bebel au fameux Congrès d'Amsterdam pour reconnaître que les Hohenzollern avaient plus accordé à l'ouvrier allemand que notre République à l'ouvrier français.

Comment avez-vous favorisé une sale presse ? — Parce qu'elle est la fille de la ploutocratie, ellemême maîtresse de la démocratie.

JELNKS ET \'IELX. i:.

Coiiiuieiit n'avez-vous pas compris l'avaulagc de lassocialion? — Parce que, diront-ils, — M. Pierre, secrétaire général de la Chambre, Toxpliquait déjà il y a 25 ans, — les républiques sont beaucoup moins favorables à Tassociation que les monarchies et qu'il y a de hautes raisons, bien connues d'ailleurs, à cela.

Comment vos ouvriers, bourgeois, patrons, négociants, sont-ils divisés en castes impénétrables? — • Parce que le gouvernement des partis, notre et votre gouvernement vit de ces divisions.

Comment ne voyiez-vous pas que le service de vos intérêts particuliers noyait celui de l'intérêt général? — Parce que l'intérêt particulier, étant prochain, est toujours préféré à l'autre, qui est lointain, sauf par des héros, des saints et des anges, qui, même en France, sont toujoui's infime minorité.

Comment avez-vous « laissé s'énerver le pouvoir exécutif? » — Parce que son énervement nous procurait les licences qui sont toujours douces à l'homme ne de la femme.

Comment avez-vous « supporté des gouvernants qui ne savaient pas gouverner? » — Comment aurionsnous supporté le contraire, étant maîtres de tout?

Comment et pourquoi vous êtes-vous laissé gouverner par des avocats ? — Parce que de tout temps les régimes de discussion ont été ainsi menés par des discuteurs, les régimes de la parole par des parleurs.

Etc. Etc.... J'ai logé à côté des interrogations, tantôt résumées, tantôt transcrites, et alors placées entre guillemets, le.? réponses que M. Jean Hennessy eût trouvées tout seul s'il eût mis son ques-

tionnaire en ordre. Mais en ce cas, la lumière eût débordé en nappes excessives. Tout de même, les filets de rayons de M. Hennessy ne sont pas sans valeur'.

1. Lue diversion de parti s'yppiiqua bientùt à niasquc-r ces lueius. Heureusement qu'un de nos lecteur», aussi claivoyant que spirituel, se mit en frais d'un apologue pournous épargner la peine de démontrer l'absurdité de l'accommodement libéral qui fut proposé. C'est dans le numéro de VAcUfii' française du 7 janvier que parut l'apologue du maître d'un jardin, désireux d'avoir des cerises et partagé entre deux jardiniers dont l'un lui indi(iue le cerisier comme étant naturellement désigné pour en porter, tandis que l'autre lui conseille ardemment de voir si un dattier, après tout, ne donnerait pas des cerises. Survient un voisin, aussi libéral que bien intentionné, qui prétend mettre d'accord' les deux techniciens, en proposant de labourer tout simplement le jardin.

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