CHEZ LE VOLEUR VIGO-ALMEREYDA
î. janvier 1016.
L'été dernier, nous avons répondu pnr un dédain silencieux, comme il nous arrive assez, souvent de le faire, à quelques calomnies Irop basses dirigées paile Torchon contre Maurice Pujo. Cité comme témoin devant le tribunal qui condamna le \oleur munilionnaire Vigo à un mois de prison, 50U francs d'amende et 5000 francs de dommages-intérêts', notre ami eut Toccasion de relever l'impudente diffamation lancée contre lui, écrivain mobilisé, qui ne pouvait plus se défendre et que l'anarchistepolicier croj'ait dès lors pouvoir attaquer impunément. « Par bonheur », ajoutait Pujo, ces « gaz asphyxiants » ne sont pas ceux qui arrivent dans les tranchées, d'où il est permis de les mépriser.
Le Torchon se l'est tenu pour dit pendant quelques mois. Hier, il recommence. Mais il n'accuse plus notre ami d'avoir été un soldat indiscipliné ! Ce qu'il prétend lui reprocher, c'est d'avoir « attendu » oui, d'avoir « attendu longtemps avant de prendre sa place dans l'armée »! Le journal de Vigo, ce gaillard de dix ans plus jeune que Pujo, d'abord retenu à Paris par invitation ministérielle, puis
1. Celle condamnation, prononcée par délaul, l'ut bienlùl réformée, ainsi qu'on le verra plus loin. La lutte de ['Action français^e contre Vigo et son journal, appelé chez nous le .. Torchon >>. datait de la campagne d'insultes commencée le 0 juin 191.5 contre Dnn<let et contre moi.
Maubr.\s. — U". 'i
réformé à la Lombarde, impute à Maurice Pujo un « retard » qu'il se garde de préciser ! Ces précisions sont de droit ici. Je répète ce que j'ai dit au lendemain du jour où notre ami nous a quittés. Il avait fait à l'Action française le sacrifice d'un projet d'engagement au début de la guerre. A l'appel de sa classe, il n'a attendu ni longtemps, comme fait Vigo, ni pas longtemps : il est parti, heureux d'avoir été reconnu apte au service armé. A peine instruit, il est allé au front et là, malgré la maladie, il a tenu autant que ses forces le lui permirent. Évacué, il a demandé à repartir à peine guéri.
11 faut savoir dans quelles conditions morales se fera ce départ. Une heureuse indiscrétioi* me met en mesure de citer la lettre suivante adressée à Maurice Pujo par un de ses chefs :
... Le lieutenant de votre compagnie, à qui j'ai eu l'occasion de parler de vous, m'a fait spontanément votre éloge en me rapportant les conditions dans lesquelles vous avez été évacué.
II m'a dit que, prêt à entrer au dépôt des malades cl le bruit étant venu à courir d'une alerte possible de la compagnie, vous lui aviez dit, très simplement, que si dans la nuit la compagnie devait remonter aux tranchées vous vouliez, quoique souffrant, rester à votre poste et garder votre place auprès de vos camarades.
Je vous en exprime, en tant que chef de bataillon, toutes mes félicitations.
Notre ami ne me pardonnera pas cette publication. Mais je fais mon devoir. S'il est vrai qu'il m'en coûte d'écrire des lignes qui puissent passer pour une défense, j'irai au bout de mes obligations en attirant l'attention des autorités ou, à leur défaut,
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celle tlu public patriote sur le double scandale auquel donnent lieu ces diffamations de soldats loyaux et vaillants par de misérables apaches à qui des protections mystérieuses font tout oser.
Car Pujo n'est pas le seul militaire en butte au Torchon. Un autre, deux fois blessé devant l'ennemi, a dû traîner Vigo le voleur en justice, où celui-ci ne semble pas pressé de venir ^
En vérité, quel spectacle nous donne-t-on?