CAMPAGNES ET PROCÈS POSSIBLES
envers des particuliers, lorsqu'elle n'aura pas été précédée de provocation sera punie, elc.... »
Ici éclate le bienfait du pléonasme. La loi aurait pu dire : « accompagnée de provocations ». Elle dit précédée, comme si elle eût prévu le cas de hauts magistrats volontairement oublieux du jardin des racines latines. Elle précise qu'il n'y a pas dans la pensée du législateur, non plus que dans le sens commun, de provocation postérieure à l'injure! Dès lors, un arrêt de justice qui s'est fondé sur une provocation impossible apparaît contradictoire dans ses éléments, presque dans ses termes ; il est caduc et vicié, il doit donc être connu pour tel : pour l'honneur de la justice et de la magistrature françaises, autant que pour notre agrément particulier, il mérite d'être cassé et annulé. C'est la vérité théorique, nous disait notre avocat. En temps de paix c'était la Vérité pratique, car de quelque façon que l'affaire eût tourné, nous eussions été libres d'en tirer toutes les fructueuses leçons, d'ailleurs assez gênantes pour l'auteur de l'arrêt.
11 nous restait trente-six heures pour nous pourvoir en cassation. Nous nous sommes bien gardés d'en user. Nous avons môme souhaité que l'affaire échappât au parquet qui, je crois, découvrant la ruse de M. de Vallès, aurait pu se pourvoir a minima : l'injuste échec du ministère public en cassation n'eût fait qu'ajouter au plus inutile, au plus stérile des scandales. Même résultat si le pourvoi par nous introduit se lut bz'isé contre les mêmes influences qui avaient déjà obtenu l'arrêt frauduleux.
Les Français qui, au 2 août 1914, ont spontanément supprimé leur publication quotidienne de la célèbre pièce dite du Talisman* n'ont aucune illusion sur nos institutions judiciaires. Il y a des procès perdus devant les déceravirs et qu'on gagne devant le peuple, et ces sortes de gains sont les plus beaux de tous. Avant la guerre, c'est par des procès de ce genre, au prix de ÎOOOO jours de prison, que nos amis ont établi le culte public de Jeanne d'Arc dans Paris. C'est par là qu'ils y ont développé la fierté et le culte de la patrie au point d'arracher le pavé aux révolutionnaires conduits par Yigo et d'imposer le respect de la loi des trois ans. En temps normal, une nouvelle campagne tendant directement à l'assainissement, judiciaire eût été la suite normale du procès Vigo. L'étrange arrêt des provocations postérieures au délit en aurait certes vu de toutes les couleurs. Mais un tel mouvement n'eût pas été convenable pour nous, aujourd'hui que l'union face à l'ennemi proscrit toute agitation, fût-elle encore plus utile et salutaire! La parole de Gœthe devenait de mise : mieux valait l'injustice que le désordre.
\. On'appelait ainsi à Y Action française le tableau comparé du texte de l'article 445 du Code d'instruction criminelle et de sa violation par la Cour suprême au profit du héros d'une Affaire fameuse.