‹ La Blessure intérieure de Janvier à fin Mai 1916Chapitre 168 sur 221 · LA LETTRE ET LA SAISIE · texte numérisé non relu

LA LETTRE ET LA SAISIE

L'autorité administrative ne suffit pas pour donner à l'erreur les couleurs de la vérité. Je conseille au président du conseil d'examiner de très près les documents qu'ils lui ont apportés. Il ne serait pas impossible que l'un ou l'autre ait été fabriqué pour étoffer leur fausse attitude de geigncurs offensés.

Quant à nous, qui n'avons relevé comme elle le méritait ni leur insulte du 4 août 1914 (jour de l'enterrement de Jaurès) ni le flot de fange fétide que, pendant un semestre, avec tous les visas et toutes autorisations de Censure, leur Torchon n'a cessé de répandre sur nous, nous traiterons de haut ces misérables grognements de gens qui ont besoin de se dire battus pour nourrir leur parasitisme et donner des prétextes à leur insatiable mendicité. Leurs idées sont aussi fausses que leurs plaintes. Ainsi la dialectique royale risquerait de démoraliser les soldats? Ceux qui mettent en avant cette belle blague devraient commencer par rengainer leurs quinze mois d'excitation perpétuelle contre les chefs et de dénigrement continu du commandement. Mais ce sont les mêmes qui prennent des airs avantageux pour écrire que nous « spéculons » sur « leur volonté de ne pas répondre à des polémiques », eux qui ont répondu toutes les fois qu'ils l'ont pu : ils ne le pouvaient pas

ou années, les socialistes ont gardé une mesure que ne leur conseillaient pas les attaques dont ils ont été souvent l'objet. Ils ont aussi payé leur dette à l'union nécessaire. »

Il concluait :

« Nous le répétons, monsieur le président du conseil, nous ne demandons aucune sanction, mais nous avons tenu à placer sous les yeux du gouvernement. .. »

...et tout de même, le Parti s'arrangeait pour que l'appel au bras séculierifùt suivi d'effet.

souvent, voilà la vérité qu'il serait trop aisé d'établir s'il ne suffisait de la rappeler à tous les lecteurs communs de V Action française et de V Humanité.

D'une fourbe hypocrite qui les achève, ils ont déclaré ne pas vouloir de sanctions. Le vœu menteur à peine exprimé, les sanctions se sont mises en marche au devant du désir qui se dissimulait; nous avons eu hier la visite des policiers qui ont saisi une brochure de propagande, d'ailleurs visée par la Censure. Comme nous nous en sommes fait un devoir en toutes circonstances pareilles, nous demandons à nos amis d'arrêter tous les envois qu'ils voudraient faire de l'opuscule Le Duc d'Orléans, sa doctrine, son programme. Le Prince serait le premier à leur donner cet ordre, s'il apprenait le fait. Il est impossible à des Français de créer l'occasion d'un conflit quelconque en présence de l'ennemi. Telle est notre règle assurée dans la vie civile et politique. Elle est plus impérative encore dans l'ordre militaire : les chefs de l'armée française ne doivent reconnaître nos ligueurs, nos adhérents et nos lecteurs qu'au sang-froid et à la bravoure face à l'ennemi. L'opinion politique de nos soldats n'a besoin d'être révélée qu'au douloureux et glorieux champ d'honneur de l'Action française.

Mon avis personnel est au surplus que le gouvernement sera sage de ne point exagérer les abus ou d'y pousser le moins possible. Je parle dans son intérêt. Pris à revers par de mauvais citoyens, il n'a pas le moindre avantage à diminuer les bons. Ce ne serait pas propre, ce ne serait pas beau; surtout ce ne serait pas fort.

Oui, quoi qu'il semble. Oui, quoi qu'on die.

16 avril 1916.

Nos confrères officieux éprouvent un certain étonnement lorsqu'ils rencontrent un Germain teinté de démocratisme ou tendant au libéralisme; la révélation du docteur Hermann Fernau paraît même stupéfier le correspondant bàlois du Matin. Il y a longtemps que nos lecteurs le savent, cette stupeur n'a pas de raison d'être.

Nos anciens lecteurs savent que la « Révolution vient d'Allemagne », formule aussi familière que le texte du 445 ou les budgets de nos économies ruineuses. La filiation de la Révolution française par rapport à la Réforme allemande est aussi claire pour nos lecteurs comtistes que pour nos lecteurs catholiques; elle était indiquée dans la déclaration de l'Institut catholique de Paris, fin 1914, et on la trouverait dans le Système de politi(fue positive, peut-être dans VEsprit des lois. La thèse latine de Jean Jaurès ne serait pas sans apporter d'intéressantes confirmations à cette doctrine. Du point de vue historique, la généalogie allemande des idées de Rousseau et par conséquent de la Déclaration des droits de l'homme a été établie aussi nettement que possible par M. Th. Funck-Brentano, le père, il y a quelque quarante ans, à la Société d'économie sociale. On ne voit pas sans plaisir au dernier numéro de la Béforme sociale, organe de la même société,

M. Henry Clément traiter de « l'anarchisme produit allemand ». Les sept députés socialistes qui sont allés se plaindre au quai d'Orsay de voir traiter les Droits de l'homme de prussiens ont fait une fois de plus la preuve ou qu'ils ne savent rien ou que l'envie démocratique les oblige à simuler l'ignorance : hypocrisie la plus abjecte qui soit.

Pour l'Allemagne, le problème n'est "pas d'y expliquer les productions teintées d'un anarchisme plus ou moins révolutionnaire ni les succédanés libéraux, démocratiques ou républicains éclos au sein de cette vieille anarchie féodale et de cette république de princes; le difficile est de bien voir par quelles conjonctures, trop heureuses pour 'l'ennemi héréditaire, il s'y est établi un sentiment de l'ordre et un appareil d'organisation politique solide en opposition au vieux génie de la liberté sorti « des forêts de la Germanie ».... Nous sommes quelques Italiens, quelques Espagnols, quelques Belges, peutêtre même quelques Anglais, et pas mal de Français à bien voir cette vérité et à tirer les conséquences qu'elle comporte. J'ai, pour ma part, la conviction que l'avenir nous fera sur ce point des demi-surprises fameuses! Si, comme il est certain, le succès de nos armées s'en mêle, les docteurs Herman Fernau seront moins rares qu'on n'ose l'espérer encore, et plusieurs des théoriciens de cette anarchie planétaire qu'on appelle Pangermanisme se révéleront, dans leur colère contre Guillaume, contre la Monarchie et contre l'Archie, des anarchistes tout court.

Ainsi soit-il.

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