QUE VOULOIR, NOUS
Mais, devant cette chance heureuse que semblent annoncer les perspectives de l'avenir, encore faut-il savoir ce que l'art politique de l'homme doit vouloir, doit pouvoir ajouter à la matière brute élaborée par les événements et les circonstances. Le docteur Fernau, qui désire la paix européenne, souhaite à son pays de se mettre en république.
C'est un vœu que je ne partage pas. Mais il me donne l'occasion de renseigner un certain nombre de nos lecteurs étonnés de nous avoir vus nous prononcer souvent, Jacques Bainvillc et moi, contre cette hypothèse d'une république allemande. Ils se demandent comment nous ne souhaitons pas à l'ennemi un régime et des institutions qui nous ont divisés, distraits, aftaiblis de tant de manières !
La première réponse est une réponse de fait, car tout d'abord, nous ne croyons pas la chose réalisable. Un collaborateur d'Hervé, Lysis, terminait l'autre jour son article en montrant en Allemagne
« des producteurs sachant faire abstraction de leurs intérêts particuliers et poursuivre dans de grandes associations un but commun, une classe ouvrière « socialiste révolutionnaire >, très soumise, très disciplinée, qui s'entend avec un patronat qui la paie bien, un pays calme où les divisions sont superficielles, oii règne l'ardeur au travail, la confiance, la cohésion et où tous les citoyens au fond sont d'accord pour faire une Allemagne plus grande aux dépens du voisin.... »
Un gouvernement bien construit comme celui de l'Allemagne et de la Prusse aura cent moyens de résister, en temps de crise, au mécontentement du
peuple dont les sentiments élémentaires ont la forme constatée par Lysis. Le particularisme local toujours existant, sans être du tout séparatiste encore, nous paraît plus près de nos vœux, plus maniable et plus exploitable, passez-moi le mot, plus susceptible de développement que le sentiment républicain de l'Allemagne moderne, sentiment qui n'est pas né, sentiment qui n'est pas conçu.