QUE SERAIT UNE RÉPUBLIQUE ALLEMANDE
Admettons le contraire. Supposons une République allemande tellement possible qu'elle soit faite. Si nous étions des purs doctrinaires et des théoriciens verbaux, nous dirions : — La république est faite en Allemagne, attention! vous allez voif l'Allemagne se décomposer.... Mais sous les mots, il faut voir les choses. D'abord, quelles que soient les tendances anarchistes du monde et de l'esprit allemands, en fait, aujourd'hui, l'Allemagne n'est pas minée comme nous par 127 ans d'individualisme libéral. Ses aristocraties, ses corps, ses compagnies, ses syndicats professionnels, tout ce qui fait l'armature d'une nation, sont en pleine phase d'organisation. Tous ceux qui ont compiis les notes politiques posthumes de Fustel savent que cet étal organique et aristocratique est la condition favorable de toute République prospère et puissante ; Rome et Venise font les plus beaux exemples de cette doctrine, d'ailleurs vérifiée partout, dans les Flandres, dans l'histoire de la Hanse et des ligues suisses. Au contraire, le caractère d'une démocratie républicaine à ten-
(lances individualistes comme la nôtre est i° de détruire les organisations existantes, 2'^ d'empêcher de nouvelles organisations de se former, sauf à titre viager, précaire, débile. Assurément, ces caractères naîtraient un jour ou l'autre dans la République allemande. Mais à l'heure où elle serait proclamée, c'est le caractère opposé (aristocratie, organisation) qui y ferait la loi. Cette République allemande commencerait donc par être puissante, redoutable par les armes autant que par la diplomatie et l'économie, apte aux invasions militaires comme au commerce envahissant du temps de paix, et ce n'est sans doute pas ce que souhaitent les admirateurs français du docteur Ilermann Fernau.
Approchons encore. En sus des bonnes habitudes créées par la discipline administrative et militaire de la monarchie et qui s'éteignent très lentement dans un peuple, cette République non démocratique, non désorganisée, non désorganisante, aurait à sa disposition les réserves matérielles créées par trois cents ans de monarchie prussienne, par un demi-siècle de monarchie allemande. Elle se trouverait dans la situation des assemblées révolutionnaires, ou de ce Napoléon qui put dire : — J'ai cent mille hommes de rente.... Notre État était alors le plus peuplé et le plus dense de l'Europe occidentale, et la mise en valeur matérielle et morale de la population et de son territoire procurait des ressources qui dépassaient tous les besoins. Gela fut consommé en grande partie dans nos 25 ans de guerre extérieure et de guerre civile, mais l'abondance et la qualité du combustible aida à la vigueur et à la splendeur du rayonnement.
La substance française put être prodiguée sur tous les champs de bataille.