‹ La Blessure intérieure de Janvier à fin Mai 1916Chapitre 171 sur 221 · UNE DURE PÉRIODE DE TRANSITION · texte numérisé non relu

UNE DURE PÉRIODE DE TRANSITION

Je ne tiens pas du tout, pour ma part, à ce que le demi-siècle qui va courir subisse un égal arrosage des produits de l'AUem.agne impériale et royale, même dirigé par une Allemagne républicaine.

On le sait, les Allemands de 1925 seront plus nombreux que ceux de 1915, quoique décimés par- la guerre, et quant à leur état d'esprii, qui peut le dire? Peut-être seront-ils abattus par leurs revers? Peutêtre que l'histoire de cette sanglante et odieuse équipée les enivrera comme un de leurs mauvais vins. Il serait fou de bâtir une politique générale sur l'une plutôt que sur l'autre de ces hypothèses, et il est sage de prévoir la pire. D'ailleurs quel que soit l'état d'esprit, les circonstances peuvent conduire la République allemande à la guerre comme elles y ont réduit la République française : en ce cas, il est important de calculer ce que serait sa puissance militaire et civile. Cette puissance serait immense encore, voilà ce qu'il faut voir.

Sans doute, à la longue, si l'individualisme tuait les organisations traditionnelles et si le suffrage devenait de plus en plus souverain, sans doute, à force de jouer, le régime électif produirait peu à peu ses effets, la compétition ruinerait la stabilité politique, la cohérence administrative, l'unité morale de la nation. Effets nommés tour à tour athéniens, polonais et français, effets qu'il serait plus juste de nommer naturels et universels d'une erreur consti-

tutionnelle : ils laissent intacts le génie et la gloire des Français, des Polonais et des Athéniens.

En 1999 ou en t^002, nos descendants verraient se faire la décomposition décisive de la République impérialiste allemande. Mais c'est en vue de 1925 ou de \9ôb que nous prenons nos mesures de protection et, dans cet espace intermédiaire, le danger européen créé par les Hohenzollern ne serait pas diminué : il serait accru. Accru comme le fut celui de la politique capétienne par la fièvre de nos nouveaux gouvernemenls en 1789 et en 1799. Accru par le charme et la fureur de la nouveauté politique. Accru par les frissons d'une crise de croissance ou de décadence, mais d'une crise toujours stimulante. Accru par l'ambition des partis récents, des classes tenues en tutelle, en un mot par le brusque développement, la décharge, l'explosion de tendances intérieures longtemps refoulées. Un gouvernement démocratique nouveau est souvent sérieux. Il se pique d'honneur. Il veut égaler et passer ses prédécesseurs. Les rivaux vaincus affectent l'abnégation envers des compétiteurs plus heureux qui affectent la grandeur d'âme. Cette période d'héroïsme est toujours brève. î\Iais il faut en passer là. Cela s'est vu à l'Assemblée constituante et à la Convention, cela se voit à la Douma, cela s'est vu à l'Assemblée de Bordeaux en 1871. Feux de paille qui passent vite, mais dans l'histoire ils peuvent se compter par semaines d'années. Eh! bien, je dis que ces semaines de République allemande seraient, pour toutes les raisons énoncées, peu commodes, peut-être dures à passer pour l'Europe. Nul politique prévoyant ne se résignera à

monter dans un aussi dangereux bateau. Il faut laisser cela à Renaudel et à Hervé. Eux seuls voudraient commettre de gaîté de cœur une si puérile imprudence.

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