‹ La Blessure intérieure de Janvier à fin Mai 1916Chapitre 172 sur 221 · SOLUTION OPTIME · texte numérisé non relu

SOLUTION OPTIME

Ah! oui, certes, détrônons les Hohenzollern, fusillons-les, que la Prusse devienne une marquetterie de souverainetés et de villes libres, mais ne prêtons pas la main à l'établissement d'une République unitaire ou confédérée en Allemagne. Le Parlement de Francfort était sans danger parce que tout était à créer alors. Mais aujourd'hui, les créations politiques sont faites. Si l'on veut les neutraliser,, il faut les empêcher de se renouer et de s'articuler par en haut. Il ne faut tolérer en Allemagne rien qui soit central, rien d'unifié, qui deviendrait unificateur.

— Et si la tendance unitaire subsiste?

— Elle persistera. Cela vaudra toujours mieux, pour nous, que l'unité réalisée!

La solution optime de la difficulté allemande est donc celle que la tradition européenne nous indique : destruction de la Prusse, redistribution des Allemagnes, occupation de la ligne du Rhin, relèvement de la Pologne, de l'Autriche et de la Hongrie. Ni socialement, ni humainement les peuples, môme allemands, n'auront à en souffrir. Et politiquement nous serons tranquilles. J'écris avec cynisme : c'est le grand point.

L'UiNITÉ ALLEMANDE OU

17 avril 191G.

Presque au même instant où nous examinions ici ce que vaudrait pour la France et l'Europe une Allemagne républicaine, M. Gaston Riou s'expliquait eu sens contraire dans V Intransigeant d'hier soir. Quelques lignes résumeront la pensée de M. Gaston Riou : il ne croit pas que la guerre puisse effacer, atténuer, modifier l'attachement enthousiaste et passionné des Allemagnes pour leur unité, il croit que les revers, les bagarres, la faim commencent à fonder une Allemagne antiimpérialiste, pacifiste, antimonarchique. Le mécontentement portera tout entier sur un point, et pas du tout sur l'autre.

Chose curieuse, ce mécontentement en soi, m'est bien égal. Ce qui m'intéresse, c'en est l'effet. Les gouvernements allemands me semblent parés pour tenir le coup, quittes à jeter d'abord un peu de lest, comme ils ont fait en 1810 et de 1848 à d8G0, en attendant de meilleurs jours. De telle sorte que le mécontentement politique peut faire beaucoup de bruit et n'aboutir à rien. Voilà pourquoi, si les alliés sont sages, ils ne laisseront pas aux populations germaniques le soin de détrôner et de fusiller les Hohenzollern. Ils seront sages et prudents d'opérer eux-mômes. Ils détrôneront et fusilleront directement, c'est le plus sûr. S'il leur vient du peuple aile-

mand une collaboration spontanée à cette œuvre de justice et de salut européen, elle sera la bienvenue. Il serait imprudent de se fier à elle et de croire qu'elle se débrouillerait toute seule : si l'idée de l'unité est forte, les liens qui unissent les Allemands à la forme impériale et royale de l'unité sont tissés de réalités dont la résistance n'est pas niable.

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