‹ La Blessure intérieure de Janvier à fin Mai 1916Chapitre 180 sur 221 · LA DESCENTE DES RUSSES · texte numérisé non relu

LA DESCENTE DES RUSSES

22 avril 1916.

La Mon-archie de la Guerre continue des prouesses qui font le plus grand honneur à tous les serviteurs et à tous les services, à tous les organisateurs et à tous les organes de l'action guerrière alliée. Le voyage de circumnavigation de la flotte russe et le débarquement de INIarseille, dont le bonheur procède du secret sainement gardé, comblent de joie, autant que les cœurs patriotes, les esprits politiques et réfléchis.

Il y a un peu de mélancolie à se dire que, pour la première l'ois, depuis les plus hauts temps de l'histoire de France, les armées étrangères sont indispensables à la délivrance du pays. Le roi de France avait des mercenaires étrangers, mais ils combattaient et mouraient sous son drapeau, sous les ordres de chefs nommés et révoqués par lui, hors des frontières, parfois à très longue distance! Sur les soixante mille soldats qui composaient à Rosbach — au fon-d des Allemagnes, — une armée dite française, il y avait quarante mille alliés, troupes des cercles allemands, et parmi les vingt mille soldats du roi de France, combien de Suisses, d'Allemands, d'Ecossais et autres, recrutés hors du pays, sans compter les braves apaches qui firent de si bons soldats, pendant que leur pays couvert et pro-

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tégé de loin, même par une armée française en déroute, se donnait librement aux arts du commerce, de l'agriculture, de l'industrie, qua^id ce n'était pas aux plaisirs de l'étude ou d'une conversation tellement libre que l'on scandalisait peu le lecteur en prenant parti pour le Frédéric contre le Soubise !

On ne re.verra pas ces temps de véritable liberté, parfois loués ou regrettés des gens qui sont incapables d'en voir les causes politiques. L'écroulement d'un monde, la fin d'une civilisation sans pareille nous séparent depuis 1789 de ces points supérieurs de l'histoire. Du moins sommes-nous sûrs de retrouver le premier des biens grâce à notre énergique et valeureuse armée, grâce à la valeur et à l'énergie de nos bons alliés les Russes et les Anglais : j'entends cette indépendance nationale sans laquelle il n'y a ni puissance intellectuelle ni véritable floraison des lettres et des arts. L'effort commun rendra à chacun sa précieuse autonomie, mais comment avonsnous pu laisser grandir une force capable, à elle seule, de tenir tête à la moitié de l'univers? Comment n'avons-nous pas vu, comment n'avons-nous pas su prévoir et déjouer bien à l'avance le coup sinistre que cette Barbarie préparait ? Nous ne sommes inférieurs ni en force militaire ni en génie guerrier ; la Marne, l'Aisne, ITser, la Champagne, Verdun nous en sont les témoins, et la natalité allemande était équilibrée elle-même par la diversion orientale de la Russie. Il ne nous a manqué, à nous les plus exposés, puisa nos alliés eux-mêmes, qu'une organisation politique et sociale capable d'un peu de sagesse : Londres, infectée de libéralisme radical ; Pétrograde, at-

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