NOS DÉPENSES DE GUERRE
Non moins que dans sa défense de M, Caillaux, il s'est trompé dans sa défense du Parlement.. Je laisse de côté l'accusation facile d' « arrière-pensée » adressée aux contradicteurs. Cela se réglera dans la vallée de Josaphat. J'ignore non seulement les arrière-pensées, mais les pensées et les intentions. Je m'en tiens aux faits établis et, pour plus de pru-
dence, ceux qui sonl établis par nos adversaires politiques.
Je m'en tiens aux chiffres qui ont été fournis par les défenseurs du Parlement et, autant que possible avant la guerre, c'est-à-dire avant que les passions de justification ou d'agression fussent trop éveillées.
J'appelle à mon aide un membre du Parlement, un républicain, un radical, trois motifs d'audience attentive et de foi sérieuse pour M. Gabriel Séailles. Un quatrième motif de lecture impartiale est que l'auteur, M. Lefèvre, écrivait quelques jours avant la guerre {Matin du 14 juillet 1914) et {ceci pourrait être un cinquième motif de crédibilité) pour empêcher qu'on ne poussât la situation « trop au noir ».
Écoutons-le donc de tout notre cœur :
Nos dépenses extraordinaires de matériel ont été de tout temps inférieures.
C'est que pendant longtemps nous n'avons pas cru au danger. Les événements qui se produisirent en 1905, nous stinmlèrent un [)eu, et en 19U5-19U6 nous fîmes un eflort; mais l'alerte passée l'apaLhie revint si bien que de 1905 à 1912, pendant que l'Allemagne dépensait en matériel neuf 1441 millions, nous nous bornions, nous, à en dépenser 738!
La différence est de 700 millions!
... Écart des dépenses de matériel de l'Allemagne et de la France -:
Pour Insuffisance
les par rapport
années. à l'Allemagne.
Fr. 1056 962 015
... Quiconque voudra savoir saura. Il saura avec sérénité et simplicité, sans mélange aucun de cet esprit de secte que M. Gabriel Séailles réprouve très raisonnablement. De tels chiffres méritent de faire les points de départ de nos réflexions sur le bien public. M. Séailles ne repousse pas 'a priori toute réflexion de ce genre. Il écrit même :
... Notre régime parlementaire appelle des réformes qui devront être faites et qui pourront l'être avec le concours de tous les citoyens soucieux d'abord du bien public.
Il nous permettra de dire que, cela posé, la limite de ces « réformes » et de ces critiques doit être fixée par un examen attentif de la situation plutôt que par des affirmations précipitées et passionnées.
LIBERTÉ ET INDÉPENDANCE M. Séailles écrit :
Mais dans le Parlement nous ne laisserons pas déconsidérer le parlementarisme, qui dans nos sociétés compliquées est la condition de la liberté, parce qu'il est la forme nécessaire sous laquelle s'exerce la souveraineté nationale.
Il est possible que le parlementarisme soit la condition do la liberté moderne, mais cela n'est pas démontré. Le contraire paraît beaucoup plus vraisemblable puisqu'enfm il s'en dégage une autorité collective, divisée, médiocrement responsable. Quant à la souveraineté nationale, elle semble exercée sans limite depuis cent vingt-sept ans à l'intérieur du pays : mais elle a procuré cinq invasions étrangères, notre subordination maritime, la perte de l'Alsace et de la Lorraine, et ce fait sans précédent, depuis nos origines, de ne pouvoir défendre notre sol qu'avec le concours de l'étranger. La drôle de souveraineté!