‹ La Blessure intérieure de Janvier à fin Mai 1916Chapitre 197 sur 221 · GAMBETTA ET LA GUERRE · texte numérisé non relu

GAMBETTA ET LA GUERRE

bles à la justice : de trop bonne heure, Gambetla et son groupe tournèrent le dos à la seule ligne intérieure et extérieure qui eût permis et hâté notre relèvement.

TROIS GAMBETTISTES

D'autres Fi-ançais, situés très haut dans l'Etat, pensent autrement. Ils sont allés manifester hier ce sentiment contraire et prononcer dans la maison historique des Jardies des déclarations très patriotiques. Nous blâmons l'acte. Nous applaudissons les discours. Nous prenons même au fil de ces discours ce qu'il convient d'en retenir pour composer le dossier définitif de l'aflaire et instruire à jamais le peuple français.

Un premier orateur, M. Etienne, n'a pu s'empêcher de remarquer : 1" que Gambelta était « loin de penser », comme il disait, « à tirer l'épée pour trancher les nœuds gordiens » ; 2° que cette pensée fâcheusement absente « nous aurait sans nul doute conduits à être plus préparés » à subir « le recours aux armes ». Nous n'avons jamais dit autre chose. Ces deux propositions d'un gambettiste sur le garabettisme corroborent nos jugements.

Le second orateur gambettiste, M. de Frcycinet, a conseillé un patriotisme qui fût plus que fervent : < attentif, vigilant, ombrageux ». C'est un programme. Est-ce celui du Gambetta du Kulturkampf français? Pour s'en assurer on n'a qu'à suivre le terrible conseil donné par le panégyriste distrait, sinon perfide : « Relisez ses harangues aux camps et dans nos cités. » Notre héroïque Montesquiou, dans son

« i8jo. Les causes politiques du désastre », a réuni quelques échantillons de langage affreux. Il n'y a qu'à se rappeler celle éloquence inane et ce flot de mots sans bonheur pour refuser énergiquement de s'associer au regret final de M. de Freycinet sur le silence d'une voix « aux superbes accents ». « Quel surcroît de force Gambetta nous eût procuré » ! Ce surcroît de faiblesse nous a été épargné. Ce fut l'immense, l'incomparable bonheur de nos Gaulois, dans cette guerre, de n'avoir été ni soutenus, ni bernés, ni encouragés, ni découragés par un adroit assembleur de verbalités illusoires. Celte guerre n'aura pas eu son orateur, elle n'aura eu que ses combattants. Les hommes de parole, qui avaient le pouvoir, ont surtout songé à l'action. C'est le plus bel éloge qu'on puisse faire d'eux.

Le troisième orateur gambettiste, M. Thomson, a paru entrevoir celte profonde vérité si honorable pour le bon sens et l'esprit de la France : « Depuis le début de la guerre, » a-t-il dit, « notre pays — et cette inarque de haute tenue a beaucoup frappé Vétranger, — notre pays n'a pas eu recours aux manifestations publiques et tapageuses. » Tout ce qui était de trop en 1870 s'est effacé dès le 2 août 1914.

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