LA LOI SUR LES ŒUVRES
24 mai 1916.
En vain les opposants ont-ils essayé d'obtenir des atténuations : on ne les a pas refusées, on n'a refusé que de les inscrire dans la loi. En vain ont-ils spécifié certains points : ce luxe de précisions a été renvoyé au règle^ïient d'administration qui suivra et embellira cette loi....
C'est dans ces conditions que nos sénateurs ont voté hier les quatre premiers articles d'un texte obscur, plein de difficultés et de pièges, armant l'État de pouvoirs démesurés et arbitraires qu'on souhaiterait de lui voir déployer contre l'étranger du dehors ou du dedans, luttes intérieures élément naturel de la démocratie!
Un tel vote hâtif, brutal, têtu, en un tel moment, après ces trois reprises de séances (parce que le Sénat n'était pas en nombre) ce vote pose à l'écrivain le plus grave problème de conscience. Pas plus que les courageux orateurs du Sénat, M. de Lamarzelle, M. Larère, M. de Las Cases, on n'a le droit de laisser passer une telle -offense à la justice, doublée d'une faute si lourde ; l'esprit de prévoyance politique et le sens de l'équité en tombent d'accord. Mais la vivacité des protestations, qu'il serait impossible de faire suivre d'aucune sanction pratique, n'aurait d'autre effet concret que d'éveiller précisément les divisions que le patriotisme prescrit de tenir assoupies. La réplique serait facile, mais brûlante : elle brûlerait