DEUX DISCUSSIONS, DEUX RÉGIMES
Ceux qui voudront connaître ce qu'un Montesquieu pourrait appeler avec indulgence « l'esprit > de nos lois et do nos assemblées devront se pénétrer d'un rapprochement que les circonstances nous imposent : s'ils en ont le loisir, je les invite à relire après la discussion d'hier celle de celte loi sur les naturalisations' où l'on vit invoquer, agiter, approfondir tous les plus délicats scrupules juridiques... en faveur de qui? En faveur des individus suspects de naissance allemande ou de complicité allemande.
Là, une erreur, une seule erreur, s'écriait-on sur le mode tragique, et c'était le déshonneur de l'Etat et de la nation. Toute la loi était conçue et rédigée en vue de ménager et de multiplier de hautes garanties légales, en vue d'éviter le cas exceptionnel d'une méprise dont la seule image étreignait le cœur ou pinçait douloureusement les nerfs du législateur. Avant tout, il fallait, non le salut public, mais l'honneur lie la justice,^ la splendeur inviolée du Droit en ce pays-ci. Tel était le régime ouaté, feutré et cotonné dans lequel la Piété démocratique dorlotait les chers membres de la nationalité ennemie.
Mais ne s'agit-il plus que de Français, la scène change, la méthode législative se transforme à vue