M. MAURICE HAURIOU DEVANT L'OUBLI DÉMOCRATIQUE
50 mai 1916.
Un homme éminent, doyen d'une grande faculté de droit et qui l'ait autorité dans sa partie, M. Maurice Hauriou donnait, au Figaro de samedi, d'intéressantes réflexions dont les échos me semblaient devoir être plus intéressants encore. Mais il n'a pas eu d'échos. C'est peut-être la faute du public ou des journaux. Peut-être aussi l'auteur, contrairement à toutes les règles de l'art, avait-il eu le tort d'adapter à une tête d'homme une encolure de cheval avec une queue de poisson.
Cependant sa chimère commençait de la façon la plus raisonnable.
Appuyé sur le « livre prophétique » de M. Morton F uWerion, Problems of power^ M. Maurice Hauriou rappelait comment « les démocraties anglaise et française » avaient « négligé le péril allemand pour s'hypnotiser sur leur politique intérieure ». Bonne leçon pour l'avenir, disent les optimistes. Leçon? qui sait? se dit rêveusement M. Maurice Hauriou.
Les foules anarchiques ou livrées aux partis n'ont pas de mémoire. Seules, les nations organisées peuvent se souvenir.
A cela, quel remède? On pourrait répondre : la monarchie. M. Maurice Hauriou n'en veut pas. Mais, parti d'une vue réaliste des choses, il n'abandonne pas tout de suite la leçon de réalité. Une observa-
tion de Montesquieu, comme lui historien, mais comme lui, hélas! juriste, lui sert à définir la situation : « Il faut qu'une république redoute quelque chose >. Comment faire pour que, par la crainte permanente de l'ennemi, la République française connaisse un commencement de sagesse qui lui procure les bienfaits de la mémoire et de la prévoyance?