ALGÈBRE ET RÉALITÉS
MM. Buisson et Séailles me permettront de leur dire qu'au premier abord, leurs discours, qui leur semblent évidence pure, nous apparaissent, à nous de l'Action française, comme à nos confrères du Rappel, tout à fait inintelligibles. Kt ce n'est pas de notre faute. Et c'est de la leur. Les deux professeurs raisonnent de l'Allemagne et de la France comme de deux quantités égales et qui se comporteraient exactement de même façon une fois placées dans la môme circonstance. C'est le postulat. On pourrait l'admettre si France et Allemagne étaient deux inconnues, la nation X et la nation Z, dont on serait réduit à imaginer la conduite future d'après la conduite moyenne tenue en des cas semblables par les autres nations. Mais le problème juridique et philosophique n'est pas réduit à des termes si simples ni si maigres. La France a derrière elle quatorze siècles d'existence ininterrompue. Un peu moins ancienne, l'Allemagne a vécu tout de môme un assez bon bout de temps : de quoi se faire connaître, elle aussi! Par exemple, on a vu les Chevaliers teutoniques germaniser par le massacre ou l'asservissement de nombreuses tribus slavonnes. On a vu, dans le même temps, la royauté parisienne assimiler
ASSIMILATION ET ANiNEXlON. il
pacifiquement vingt provinces de langue el de mœurs très diverses, celtes, flamandes, basques, sans parler des romanes, et tirer, en moins d'un quart de siècle, des derniers Germains de Strasbourg, ce qu'un diplomate allemand appelait en 1709 des « brasiers d'amour pour la France j. Est-ce que les peuples qui, au cours d'une longue histoire, ont déployé des procédés si différents, peuvent honnêtement être ainsi placés sur le môme pied ?
Dans leur raisonnement sur l'Allemagne et la France, MM. Séailles et Buisson ont conclu de signes semblables — noms nationaux : Allemagne, France — à l'identité des choses signifiées : mais il y avait loin !