LES DEUX FAÇONS D'ASSIMILER
Nous pourrions rattacher la vallée de la Moselle ou même le pays rhénan tout entier au territoire de la France. A supposer que l'annexion soit impolitique et injuste, le passé de la France i;)Lordit de comparer une semblable opération au partage de la Pologne et à l'arrachement de l'Alsnce-Lorraine. Cette comparaison, échappée à la verve purement logistique de M. Séailles, fait une sorte de blasphème pour quiconque se met en présence des réalités de l'histoire : à plus forlo raison, si Ion veut philosopher sur le passé et l'avenir, si l'on se rend compte de ce que la France apporte, en fait, aux peuples germains. Je sais bien que la question de fait est sujette à controverse. Ce n'est pas une raison pour en nier le contenu. Les Allemands se trompent ou nientml, en fait, quand ils prétendent
apporter aux Polonais, aux Alsaciens, aux Messins, une civilisation supérieure : ni la Pologne calholisée et latinisée de bonne heure, ni l'Alsace, ni la Lorraine ne peuvent avancer d'un pas vers la civilisation par l'Allemagne. Mais nous ne mentions pas, nous ne nous trompions pas quand nous soutenions la thèse qu'ils ont retournée. Nous avons les témoignages de nombreux Allemands depuis Leibnitz et Gœthe, sans oublier Heine, Schopenhauer et Nietzsche, autorisant à faire le compte des bienfaits que telle ou telle nation germanique peut recevoir du contact, du commerce de l'esprit latin et do la civilisation de la France.
Comme nous le disions lin 1914 à Semba't, sur un propos intempestif de l'auteur de « Faites un roi », si ce monde n'est pas arrêté à jamais dans sa forme présente, si la voie reste ouverte aux développements, pourquoi ne pas admettre qu'il est au delà de l'Alsace dans ia direction du Nord, le long de ce Rhin dont la commodité économique et militaire n'est pas contestable pour nous, qu'il est, dis-je, d'autres Alsaces, des A Isa ces possibles, des Marches germaniques sur lesquelles une autorité française, tout à la fois forte et feouple, énergique et adroitement tolérante, pourrait s'exercer dans le sens de l'assimilation latine? Cette assimilation n'est [)as un rêve; Jules César, Charlemagne, François P', Louis XIV, la Convention en ont conçu et réalisé tout ou partie. Pourquoi hésiter à développer cette avance pacifique et bienfaisante à laquelle les tribus rhénanes de la Germanie ont posé de tout lem[>s leur candidature?
ASSIiMILATlON ET ANNEXION. 15