BRISONS-LES, FORTIFIONS-NOUS
Assurément quelques difficultés réelles sont nées du mouvement nationaliste allemand, de ce demisiècle d'unité et de prospérité. Mais elles ne sont pas insolubles; comme Bainville l'a expliqué cent fois, ce n'est pas un empire prospère et florissant qui nous céderait Trêves,' Cologne, Aix-la-Chapelle ; à la base de ce traité d'annexion, sont naturellement supposés de profonds revers militaires et économiques, les troubles intérieurs inséparables de la défaite, des révolutions politiques, enfin, toutes sortes' d'événements propres à faire prendre en grippe par le bourgeois et le populaire allemands la politique impériale et la formation unitaire. Nous supposons que l'éternelle Allemagne si bien décrite par xM. Victor Bérard, n'est pas morte dans l'Allemagne moderne. Nous rappelons que M. Yves Guyot, dans son intéressante brochure sur la Westphalie, a saisi les forces séparatistes, liées à l'essence de ce pays, toutes prêles à se remettre au travail en cas de dé.«astre imp^^rial et royal. Eh! bien, c'est cela que l'on utilisera. C'est à cela qu'il faut être paré. C'est à cela que Louis Dimier correspondait d'avance, — la politique réaliste n'existe pas sans prévisions fermement arrêtées, — quand il écrivait dès septembre 1914 son beau et bon livre des Tronçons du Serpent.
Ah! sans doute, si l'on commençait par ne pas écouter Dimier, si l'on faisait la folie de prendre le Rhin sans avoir procédé au partage de la Ger-
ASSIMILATION RT AXNi:XIO.\. U^
manie, ah ! alors une grave faute sérail, commise, une annexe trop lourde serait acceptée; nos nouvelles provinces subiraient l'attraction d'une Allemagne trop vaste encore et trop puissante, et Tœuvre d'assimilation se heurterait à un mouvement d'irrédentisme trop énergique parce qu'il serai! appuyé de l'autre côté du fleuve par un État compact et fort. Au contraire, la Cermnnic une fois redistribuée rationnellement, il faudra être bien malheureux ou bien mal organisé pour ne pas réussir Valsacisalion graduelle de toute la vallée du Rhin.
Heur ou malheur ne dépendent de personne. Mais la bonne organisation, cela dépend de nous. En démocratie, il est si difficile d'être bien organisé que cela est tout net impossible : voyez-vous nos provinces rhénanes, ces Françaises de demain traitées du jour de l'annexion comme si l'acte de les franciser était accompli et mises sur le môme pied que la Normandie ou l'Auvergne, au nom du dogme de l'égalité? Et au nom de ce même dogme, envisagé d'un autre point de vue, voyez-vous les mômes provinces, préalablement arrosées de toutes les dignités du parlementarisme démocratique et souverain, soumises sans tempérament à notre centralisation et à notre bureaucratie uniforme? Le tyrannique et rétrograde Louis le Grand avait des procédés plus souples, lui qui révoquait l'édit de Nantes pour toute l'étendue de son royaume, sauf la Haute et la Basse-Alsace\ Il faudra trouver un autre régime. Lequel? Je redis : l'éternel. Il faudra trouver le procédé éternel de la force heureuse et de la souplesse qui réussit : une autorité ferme, bien liée, continue;
i(5 LES CONDITIONS DE LA VICTOIRE.
des libertés bien choisies; un pouvoir léger, mais tenace ; une autorité nationale, et nationalisante, mais toute imprégnée de la bonté, de la légèreté, de la politesse françaises. Les conditions politiques et historiques du succès!
Le Rappel nous soutiendra-t-il que ces conditions sont bonnes républicaines? Il est trop mécontent de ce qui est et de ce qu'il voit pour le dire sérieusement, et les résultats de sa Grande Piévolulion n'ont rien d'encourageant, je pense : elle a tout tenu, toul perdu, au Rhin, en moins d'un quart de siècle.
La Révolution a trouvé en 1702 des Allemagncs prudemment divisées par la politique de Richelieu et profondément pénétrées de Tinfluence, dû goût et de l'esprit français par les règnes de Louis XIV, de Louis XV et même de Louis XVI. Elle a gâché cette division, ruiné cette influence et elle a importé parmi nous la Bochie. Franchement, cela devrait faire réfléchir le Rappel et tous les bons républicains qui, comme le Rappel, sont pour l'expansion et le rayonnement de l'esprit national. Même M. Séailles, — au lieu d'essayer de diffamer, en la traitant de pangerraaniste, toute étude des conditions politiques de la force et de la santé — même M. Buisson auraient profit à réfléchir à ces résultais accablants et criants de cette Histoire de deux pjeuples. Notre problème intérieur est impliqué dans la question de notre établissement sur le Rhin. Mais l'établissement sur le Rhin est une condition de notre st^reté nationale. De telle sorte que nos débats constitutionnels posent toujours à la France une même question : vivre ou «lourir ?
UN problèmp: D'état
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