‹ La Blessure intérieure de Janvier à fin Mai 1916Chapitre 36 sur 221 · CONTRE L'EXERCICE · texte numérisé non relu

CONTRE L'EXERCICE

Le gobe-mouche et Père la Défaite Gustave Hervé a souvent déploré en termes affectueux, ou bourrus, l'étroitesse d'intelligence avec laquelle les officiers, dans les casernes, les dépôts ou les cantonnements, enseignent leur métier, le métier militaire. Ahl si on le laissait faire lui, Hervé, général ! Ou si du moins on remettait le commandement à des soldats selon son cœur ! Plus d'exercice abrutissant. La formation pratique, l'apprentissage expérimental de la guerre vraie.... Ces propos en l'air impressionnaient peu de monde. Un haussement d'épaules fait la justice.

Les mêmes idées semblent autrement sérieuses quand elles paraissent dans un organe de l'envergure du Jowraa/, quand elles paraissent signées d'un écrivain aussi connu que M. Lucien Descaves. Les Français de ma génération se rappellent que M. Descaves est l'auteur de Sous-Offs, c'est-à-dire, avec le Cavalier Miserey, de M. Abel Hermant, de l'un des premiers ouvrages de la bibliothèque antimilitaire de la fin du siècle dernier. Les Français moins avancés en âge ont oublié Sous-0/fs, pour les œuvres de philanthropie généreuse dans lesquelles l'auteur de Sous-Offs s'est prodigué depuis de longs jours. Ils le lisent sérieusement. Ils Fécoutent et, si

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la Ihèsc est plausible, si le langage esl spécieux, ils lui donnent raison de bon cœur.

Un officier de mes amis, officier de la guerre pour laquelle il était parti simple soldat et qui. avant la guerre, était classé parmi les vingt ou trente bonnes têtes de France, sur espoir de ce pays-ci, m'écrit avec vivacité tout ce que lui fait redouter et déplorer un récent article de M. Descaves. Je transcris dans sa verdeur la lettre par laquelle il nous supplie de nou.s mettre en Irnveis d'une dangereuse campagne. La force de ses raisons fera (Certainement passer, même aux yeux de M. Descaves, la rudesse de ses propos :

Il s'agit de la campagne contre les exercices que font les troupes au repos, qui se dessine dans quelques journaux. Il vient de paraître là-dessus un article vrai ment stupide de M. Lucien Descaves.

S"il n'était que stupide, je ne vous en dirais rien. Mais il est dangereux, et très dangereux. Il ne tend à rien moins qu'à compromettre un des plus grands efforts que fait actuellement le haut commandement en vue de l'avenir. Mais n'anticipons pas. Il faut que je vous signale d'abord que M. Descaves, s'appuyant sur les doléances d'un caporal permissionnaire, doléances confirmées « par de nombreux permissionnaires », déclare que les grands chefs n'ont pas été capables [les grands chefs ne sont jamais capables de j'te/i] d'organiser dans les centres d'instruction et les pelotons d'instruction qui sont formés un peu partout un enseignement * conforme aux enseignements de la guerre moderne » et que, au lieu d'enseigner aux caporaux, aux sergents ce qui concerne « le matériel, les engins, la tactique, l'utilisation des abris, etc. », on leur enseigne, quoi? le maniement d'armes!

Premier point, qui est absolument faux. Le caporal

..i LES CONDITIONS DE LA VICTOIRE.

de M. Lucien Descaves, s'il existe, a dû passer au peloton d'instruction il y a plus d'un an. En décembre 1914, en effet, il y a eu un certain nombre de pelotons d'instruction où l'on n'a guère fait que repasser l'école du soldat, et l'école de set tion. Ce n'étaiî pas grand'chose. Ce n'était pas si vain que cela en avait l'air. Mais pour janvier IQlfi, ceci est faux.

Qu'il me soit permis d'insister sur la légèreté avec laquelle des erreurs de fait de celte gravité et, comme on le verra, de cette importance, peuvent être lancées dans la circulation. Toutes les vérités ne sont pas inofîensives : que dire des fables!

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