‹ La Blessure intérieure de Janvier à fin Mai 1916Chapitre 38 sur 221 · LA QUESTION MORALE · texte numérisé non relu

LA QUESTION MORALE

Naturellement, il se retourne ici contre l'auteur (le Farlicle visé.

Jugez maintenant, mon cher ami, de ce que vaut l'information de 'SI. Lucien Descaves, II est parti sur l'affirmation d'un caporal fort mal renseigné, etlà-dessus il a fait la critique de tout le haut commandement. Et il se trouve qu'il a parfaitement et complètement trompé le public.

Deuxième point : M. Descaves ne paraît avoir fait la, crili fue des pelotons et des centres d'instruction que

pour Caire une petite manœuvre de démagogie Ici,

c'est grave et c'est dangereux. Il s'agit de protester contre les exercices que l'on fait faire aux troupes à l'arrière. Beaucoup de soldats, et même de bons sol-

POUR . L'EXEHr.ici: ■■. ,■):

dais n'aiment guère l'exercice. 11 y a quelques mois, beaucoup de c^radés et même d'officiers prenaient lexercice à la légère. Il n'en est plus de mémo aujouid'iîui. Les enseignements de l'Artois, et surtout ceux de Champagne ont montré à tous la haute valeur des exercices, même les plus sim|)les, des exercices fréquents. Pli vue du cornhat. Je ne veux pas vous en dire plus long sur ce point, car il s'agit là de vues qui intéressent certaines l'ormes de combat, cl cela ne regarde pas le public. Qu'il me suffise de vous dire que linitiative de la reprise des exercices fréquents est due particulièrement à un officier de haute valeur', qui a conduit les plus brillants assauts de la campagne, et à qui son expérience de la guerre a démontré la nécessité absolue desexercices fréquents (même des plus simples, comme l'alignement — et surtout l'alignement, qui n'estpas d'ailleurs unechose simple, — comme Ta droite par quatre, etc.) en vue du combat. J'ajoute que les officiers de Champagne nous ont donné là-dessus tous les éclaircissements nécessaires, et ce sont eux qui tiennent le plus aux exercices Je pourrais vous dire aussi que beaucoup d'officiers cjui n'ont tenu que les tranchées et n'ont point fait d'assauts ont peu de goût pour les exercices. Ce sont les combattants, et surtout les officiers des troupes d'assauts, qui réclament les exercices, Ajouterai-je encore qu'il serait fou de dire : « II suffit d'avoir des hommes ardents pour les combats », car l'ardeur, le cran le plus beau, sera parfaitement stérile sans l'ordre. Et la plus faible expérience du combat enseigne que l'ordre dans le combat — condition indispensable du succès — est ce qu'il y a de plus difficile à obtenir.

Et cette remarque d'une morale assez étendue

nous achemine à des conclusions plus générales

encore.

i. Notre ami fait allusion ici au capitaine André Laffarguo. l'auteur de ce vigoureux et clairvoyant ouvrage : Étude ^•i^/• l'allnqiic, très connu aujourd'hui dans toute l'armée française.

.js les co.\ditiox\s de la victoire.

pour épargner le sang français Notre ami conclut en effet :

Mais l'important est ceci : le g'néral en chef a donne des ordres, parl'aitement raisonnes, et qui ont lait l'admiration de tous ceux qui les ont compris. C'est une merveille de psychologie. Ces ordres, résultats des expériences les plus récentes, ont été donnés en vue du conibat, en vue de ne pas gaspiller l'ardeur du sang français, en vue d'assurer à l'élan français son maximum de rendement. — Là-dessus, un caporal qui n'a rien compris à ce qu'il fait, à qui on ne pouvait, après tout, donner toutes les raisons des ordres, e^ qui aurait pu faire quelque confiance au généra issimc , s'en va se plaindre à M. Lucien Descaves. M. Descaves enregistre ses plaintes et les appuie. Un certain nombre de soldats s'autoriseront des réclamations de M. Descaves pour apporter de la mollesse à l'exercice. Cela peut se développer. Un mouvement important peut être compromis. A quoi rêvent ceux qui laissent passer des critiques aussi sottes, et faites avec tant d'aigreur?

Oui commande enfin? Joffre ou ^I. Descaves? Oui a la responsabilité? Est-ce M. Descaves qui viendra rétablir la situation le jour où les conseils de l'auteur de Sous-o/fs auront fait d'une vague irrésistible une cohue de braves qui se feront massacrer? ' — Quoi! dira M. Descaves, tout cela à propos de l'exercice?

Les cent lignes de M. Descaves peuvent coûter cher à la France.

Au nom de la France, pour le salut de ceux qui combattent, voulez-vous, mon cher ami, inviter encore une fois certains de nos confrères à s'abstenir de donner des conseils (surtout des conseils d'indiscipline) là où ils n'ont aucune responsabilité, aucune compétence?

C'est l'ait. Je ne crois pas que l'admirable charité de i\L Lucien Descaves, sa sensibilité et son ouver-

roiH .. (.'EXEnr.ic!: ... .mi

turc de cœur puissenl demeurer insensibles aux adjurations de ce soldat ou n'en retr-nir que les pointes désagréables. A moins de vouloir accrédiler l'opinion do M. l'abbé Jérôme Goigiiard (ju'il n'y a personne de plus méchamment cruel qu'un philanthrope, M. Lucien Descaves s'inclinera devant cette évidence. A la guerre comme dans la paix, rord)*' est précieux entre tous les biens. Avec .>^a fausse dureté, avec sa rigueur apparente, il économise les existences, comme il mesure et utilise les efforts. Le soldat qui se plaint de l'ordre est ennemi de luimême. L'aveugle bonté qui l'ait chorus avec ce soldat est une ennemie du soldat. Ennemie inconsciente et involontaire; qu'importe l'intention si elle l'envoie à la mort?

M. Lucien Descaves sera sage d'y rélléchir, el, avec lui, tous les bons professionnels du murmure {|ui, ne sachant pas toujours ce qu'ils discnl, ignorent presque toujours ce qu'ils fonl. Le bien public ne gagne rien à ce qu'ils se sublituenl au général JolTie.

Page 1