‹ La Blessure intérieure de Janvier à fin Mai 1916Chapitre 46 sur 221 · ORDRE ET DISCIPLINE · texte numérisé non relu

ORDRE ET DISCIPLINE

28 janvier 1916. POUR UNE PRESSE FAISEUSE D'ORDRE

h' Action Française ne s'est jamais figuré avoir été créée et mise au monde pour critiquer le Gouvernement, ni entraver le Commandement; elle a môme la conviction, rare aujourd'hui, mais raisonnable, qu'il pourrait y avoir une presse, toute une presse, qui s'appliquerait librement et spontanément à faciliter les choses au lieu de les compliquer, à soutenir l'armée et TÉtat, au lieu de les agiter et de les corrompre.

Tel est l'esprit qui nous dictait, le 19 janvier, la défense de ce qui se passe dans les pelotons d'instruction. Dans la pénurie où nous a trouvés la guerre, où le gouvernement de la démocratie nous avait laissé glisser, il est devenu absolument nécessaire d'improviser. On improvise avec les moyens que l'on a. Ce sont les moyens de la France, et les généreuses réserves de ce vieux et noble pays expliquent la beauté et la rapidité de certains résultats. Mais la France ne peut échapper aux faiblesses de l'humanité ; ni le zèle, ni la vaillance, ni les coups de génie ne peuvent empêcher absolument ici la survivance d'un vieil abus, celui par exemple qui tient à la faveur, ailleurs les difficultés naturelles liées au caractère de ce qu'il faut improviser. Pour triompher en un clin d'œil des défauts du régime, ou du manque de temps, ou de la complication du ma-

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tériel, il faudrait disposer de baguettes magiques : la bonne volonté, la bonne humeur, la patience et l'obstination doivent en tenir lieu, elles en tiennent lieu souvent. Certes elles peuvent être aidées puissamment par un certain genre d'esprit critique, mais c'est celui qui désigne le mal afin de le réparer, celui qui ne cède pas aux funestes plaisirs du dénigrement, celui qui souflVe de sa propre fonction et veut aboutir à l'action, à l'action utile et heureuse. Le dénigrement suppose quelque vivacité superficielle de l'esprit. La critique supérieure à laquelle nous nous référons suppose la grande, la véritable intelligence, celle qui donna à l'homme l'empire de l'univers; de fait, cette critique active et bienfaisante commence par s'efforcer de comprendre l'objet que tout d'abord on lui dénonce comme inutile, vicieux ou pernicieux. Et comprendre conduit plus d'une fois à pardonner. Une critique intelligente n'ameutera jamais les jeunes soldats contre l'astiquage, si désagréable et pénible qu'il lui paraisse, car l'astiquage peut n'être qu'un aspect de la propreté, importante garantie de santé et de vigilance. L'exercice môme, « l'exercice comme à la caserne » mériterait d'être compris avant de périr sous le dédain.

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