‹ La Blessure intérieure de Janvier à fin Mai 1916Chapitre 94 sur 221 · LE POSSIBLE ET L'IMPOSSIBLE · texte numérisé non relu

LE POSSIBLE ET L'IMPOSSIBLE

10 février 1916.

— C'est très joli, votre critique du Parlementarisme de guerre, mais vous demandez la lune : voussavez bien que l'on ne peut pas mettre le Parlement à la porte....

— Pourquoi? On l'y a déjà mis. Personne ne s'est plaint que les intéressés, en nombre infime, en qualité moindre encore. Sans doute l'opération de 1916 voudrait un peu plus de résolution et de vigueur que celle de 1914. Les turbulents pourraient brandir quelques armes qu'ils ne possédaient pas l'autre année, ils pourraient menacer de révéler dans la presse quelques bribes de cette terrible « vérité » qui, selon le fameux Renaudel « dicterait les mots qui brûlent », mais ce chantage à l'émeute ou à l'agitation ferait sourire un gouvernement intrépide.

On fait venir la douzaine des meneurs. On les regarde dans les yeux. Ils ont toujours admis, ou à peu près, la censure diplomatique ou la censure militaire. Ils n'ont pas encore compris que le moral de ce pays devait être aussi ménagé que le secret des opérations et des négociations. On ne prendrait pas leur avis, mais celui de l'évidence, pour établir une dernière fois cette nécessité supérieure. Et, — à chantage, chantage et demi — on prierait ces messieurs de choisir entre l'engagement d'honneur au silence disciplinaire et un séjour indéfini à la Santé. Ainsi, de toute façon, on aurait la paix. Quelques Maurras. — IV. 9

tours de vis donnés à la répression de diverses rumeurs infâmes verraient la fin de cette comédie de rhéteurs et l'empêcheraient de tourner à la tragédie, puisque ceux qui se figurent ne rien risquer lorsqu'ils mettent en jeu l'ordre intérieur et la victoire extérieure s'apercevraient enfin qu'il y a des sanctions.

Répétons-le, parce que cela résulte de tous les documents, de toutes les informations, de tous les calculs : les différends entre Français forment le dernier espoir de Guillaume II. Le Parlement est l'excitateur naturel de ces différends. Un peu de poigne suffirait à faire disparaître et la cause et l'effet. Je ne parle ni de poigne dictatoriale, ni d'intervention militaire. Le cabinet existant peut très bien suffire à la besogne s'il le veut. Je lui souhaite de ne pas trop attendre que les événements le lui fassent vouloir. En politique, comme en stratégie, comme en morale, la décision prise en toute liberté vaut mieux que la carte forcée.

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