Lamormain, p
2. Quelques historiens ont naturellement essayé de nier l'action prépondérante que les représentants de l'Eglise exercèrent sur Ferdinand. — Diihr, Jesuitenfabeln, p. 144 et 649, soutient que « l'on ne trouverait pas parmi tous les professeurs protestants de théologie d'alors un seul homme qui ait défendu des opinions aussi larges sur la tolérance que Becanus et Lamormain ». On verra par la suite les raisons qui m'ont déterminé à
la pratique ordinaire de Rome en pareille matière, ils se contentèrent d'indiquer la direction générale et, après avoir tracé le programme, en remirent l'exécution aux autorités temporelles, ce qui leur permit de tirer avantage de leurs brutalités sans en endosser la responsabilité. Ferdinand, de même, après avoir indiqué à ses agents le but à atteindre, ne surveilla que de très loin leurs procédés ; sa négligence et sa torpeur, en livrant la Bohême à des aigrefins qui songèrent avant tout à profiter de la merveilleuse aubaine qui s'offrait à leur cupidité, furent plus funestes au royaume que ne l'aurait été la férocité la plus sanguinaire; l'histoire, quand elle étudie cette contre-réformation de Bohême, qui reste un des crimes les plus odieux de ses annales, ne sépare pas dans son verdict le prince égoïste et faible, qui abandonna son peuple au bourreau, les ecclésiastiques qui, en lui promettant le ciel, exploitèrent, ses plus méprisables instincts pour assurer la domination de leur foi, et la tourbe de voleurs féroces dont ils acceptèrent la collaboration et dont ils subirent le contact déshonorant.
Ferdinand avait offert le gouvernement du royaume à
ne pas accepter cette thèse. — Il est vrai que parmi les pièces innombrables qui furent signées par l'Empereur, il n'y en a, pour ainsi dire, pas qui proviennent de son confesseur Lamormain : cela prouve, ce que bien d'autres faits établissent, que Lamormain était un conseiller discret et prudent. Mais dans tous les cas graves, Ferdinand ne se décide que sur l'avis des religieux qui ont sa confiance. A la diète de Ratisbonne, les trois Électeurs ecclésiastiques le supplient d'abandonner une politique implacable qui menace de détacher de lui la Saxe. « Ce sont des questions, écrit Ferdinand à Liechtenstein, qui, en majeure partie, regardent la conscience et dans lesquelles il faut par conséquent procéder avec réflexion et avec prudence. Je demande à Votre Grâce d'arranger un conseil avec les religieux et les théologiens les plus instruits de Bohême et de rechercher si, et dans quelle mesure, sans préjudice pour ma conscience et pour éviter un plus grand mal, je puis tenir compte de la demande de l'Électeur de Saxe » (janvier i623) ; Gindely, Gegeureform . , p. 12g. C'est dans des termes analogues qu'avant la paix de Prague en i635, il convoque un grand conseil de capucins, de jésuites, de dominicains, etc. Je ne vois pas bien d'ailleurs l'intérêt qu'ont les apologistes (le Ferdinand II à contester des faits aussi évidents : un souverain catholique n'a-t-il pas le devoir de juger les questions au point de vue de la foi et son confesseur n'a-t-il pas la mission d'éclairer sa justice, c'est-à-dire de lui indiquer les intérêts du ciel ?