‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 100 sur 325 · I. Jirétchek, La ville de Vysokc-Myto, p. jb · texte numérisé non relu

I. Jirétchek, La ville de Vysokc-Myto, p. jb

igi EXACTIONS DES SUÉDOIS

les soldes ne sont plus payées et les officiers cherchent une compensation, — très large, — dans le pillage. Pendant l'expédition de 1640, Baner organise l'évacuation méthodique du pays, rabat sur son camp de Litomierjitse le blé, le vin, le bétail; il expédie en Saxe mille tonneaux de sel et noie ou détruit 2,000 charrettes chargées qu'il n'a pas le temps d'emmener; il a pour l'aider dans ses opérations sa femme, très experte en semblable besogne; à sa mort, il laisse un million d'écus, qui en grande partie proviennent de cette campagne. Le comte de Kœnigsmark, qui ne possédait rien au début de la guerre, lègue à sa famille environ 5oo,ooo francs de rente; Wrangel se désole de la paix qui vient interrompre sa fortune. Non seulement les officiers, mais beaucoup de soldats ramassent ainsi un pécule, plus ou moins élevé, suivant leur grade ou le hasard des circonstances. Leur gain ne représente qu'une infime partie de la perte subie par les habitants.

A mesure que la guerre se prolonge, les aubaines sont plus rares; les soldats, exposés à de très dures souffrances, s'aigrissent et les derniers liens de la discipline se rompent; les régiments réguliers sont comme noyés dans la tourbe des miséreux et des vagabonds qu'ils traînent après eux \ A Kolin, dès le début de la guerre, un lieutenant de Croates, dont d'ailleurs on ne se plaint pas spécialement, enjoint à ses soldats de se munir d'une bonne massue pour rendre plus raisonnables les bourgeois qui ne leur fourniraient pas assez de bière. En 1643, quand Torstenson occupe la ville, les Suédois enferment dans le château la population, pillent et saccagent les maisons, dévastent l'église Saint-Barthélémy, profanent et souillent l'autel ; ivres de fureur et d'alcool, ils reviennent au château, rouent de coups les habi-

I. En 1620, un régiment de 3,ooo hommes est suivi de 2,000 femmes. — Le colonel, qui veut s'en débarrasser, arrivé au passage d'un Heuve, interdit aux bateliers de les transporter; c'est alors une telle explosion de douleur et de colère qu'il renonce à son projet. Plus tard, le nombre des non combattants est trois ou quatre fois plus fort que celui des soldats. — Gindely, Gesch. des drcissigjaehr. Kricges, III, p. 221.

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tants, les dépouillent de leurs habits et partent enfin, chassant devant eux tout le bétail, tandis que les malheureux bourgeois demeurent « privés de toute nourriture, d'habits, de secours, en proie aux gémissements et à la misère ' ».

On assure que dans l'expédition de 1640, six mille localités furent brûlées et le colonel suédois Adam Pful se vante d'en avoir détruit six cents à lui seul : si ces chiffres n'ont aucune valeur comme indications précises, ils montrent assez clairement ce que permettaient alors les coutumes de la guerre. Tchcsk3-Brod est si complètement dévastée qu'elle reste presque complètement déserte jusqu'en 1648; à Tchaslav en 1639, les Suédois pillent méthodiquement l'hôtel de ville, l'école, la cure, l'église, puis se répandent de maison en maison, brisent les portes et les coffres, enlèvent tout ce qui leur semble avoir quelque valeur, rassemblent les chevaux, les moutons et les bœufs et contraignent les habitants à leur conduire leur butin à Kolin; ils reviennent en 1648 pour ramasser ce qui leur a échappé, torturent les habitants pour les forcer à ouvrir leurs cachettes : à peine partis, ils sont remplacés par les Impériaux qui accusent les bourgeois de connivence avec l'ennemi, et. pour les punir, les condamnent à de nouvelles réquisitions ". A Kourjim, à Pardoubitse, à Nymbourk, en Moravie, en Silésie, c'est le même tableau, monotone et navrant; à Boleslav, les ennemis saccagent la ville et l'incendient; une seule maison demeure debout, beaucoup d'habitants sont tués, les autres ne possèdent plus même une chemise sur le corps. A Jauer, « les cochons dans les rues se repaissent des cadavres abandonnés ». Souvent, à la nouvelle, quelquefois fausse, qu'une troupe ennemie rôde dans les environs, les paysans se réfugient dans la ville voisine, dont les remparts leur promettent un abri momentané. Cette population flottante, désœuvrée, affa-

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