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Dvorsky, Lettres de Suzanne Tchernin p

ig6 LES CAMPAGNES

détestable politique que celle du monarque qui dispersa tout ce qu'il y avait encore là de richesse morale et intellectuelle! On eût trouvé certes dans cette antique noblesse nationale plus de dix justes qui auraient dû arrêter la colère de Dieu. Les femmes surtout sont souvent admirables, plus pénétrées par la prédication de l'Unité, plus capables aussi que les hommes, comme toujours, de résistance, moins vite accablées par l'adversité.

Parmi ces natures exquises, que la souffrance n'aigrit pas, mais transfigure, Suzanne Tchernin est une des plus pures; elle demeure douce, pieuse, pitoyable à ses serfs, fidèle à son peuple; pas l'ombre de déclamation dans sa correspondance; elle écrit à son fils qu'elle adore et elle voudrait plutôt lui dissimuler ses angoisses. Ses lettres sont ainsi un document infiniment précieux et elles nous dépeignent avec une éloquence poignante l'enfer dans lequel se débattent les plus humbles et ceux qui jadis furent riches : « Amis et ennemis volent et pillent : que Dieu nous vienne en aide! — Cela va mal, très mal, jamais cela n'a été aussi mal. Que Dieu ait pitié de nous!... Il est impossible de décrire ces malheurs. Misérables que nous sommes, nous périssons. — Dans nos contrées, les ennemis se sont conduits comme des chiens \ — Je n'ai rien de nouveau à t'écrire ; il n'y a ici que des plaintes, des lamentations et des cris de douleur '. Dieu, perce le ciel et vois ce qui arrive ! » — Mais le ciel reste sourd à ses prières et peu à peu, elle renonce à son dernier espoir : elle courbe la tête sous la droite de l'Éternel dont les volontés sont impénétrables et qui châtie si durement ses fidèles. Je ne connais rien de plus touchant et de plus héroïque que l'acte de foi que soupire son martyre : « Je crois fermement à mon Dieu et que, suivant sa promesse il étendra sa main protectrice sur les veuves, les orphelins et sur tous. Le royaume bohème ne sera bientôt plus qu'une misérable principauté •'. »

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