‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 103 sur 325 · Lettres de Suzanne Tchernin, p · texte numérisé non relu

Lettres de Suzanne Tchernin, p

ÉMEUTES PROTESTANTES iq~

Sous le poids de ces angoisses matérielles, les besoins d'indépendance religieuse, qui ont mis les armes aux mains des premiers combattants, perdent visiblement de leur acuité. Les bandes suédoises comptent cependant toujours dans leurs rangs de nombreux protestants chassés d'Autriche et de Bohème, qu'Oxenstiern entretient dans l'espoir d'une restauration et qui ont souvent une part décisive dans les succès de Baner, de Torstenson et de \^^rangel ; ils prouvèrent ce qu'il y avait encore de ténacité et de ressort dans cette vaillante race tchèque que la médiocrité d'un Thurn et d'un Frédéric "\^ avait si piteusement livrée à ses bourreaux. Leur présence permettait aux envahisseurs de donner à leurs razzias une couleur de croisade. Quand Baner pénétra dans le pays, il répandit par milliers des proclamations où il appelait les habitants à l'indépendance et promettait la liberté de la parole de Dieu; quelques paysans se portèrent à sa rencontre au cri de : Vivent les ro3-aux; des prêtres furent poursuivis et frappés.

Des manifestations analogues, plus sérieuses, se produisirent en Silésie, où la réaction catholique était ralentie et gênée par le traité de Prague et où les groupes de résistance étaient plus compacts. En Moravie, elles aboutirent à une prise d'armes qui inspira un moment aux Impériaux de sérieuses inquiétudes, et qui est comme le dernier épisode militaire de l'histoire de la Réforme tchèque. Comme il n'a vraiment pas de capitale, puisque Brno n'a été jusqu'à nos jours qu'une colonie étrangère, -sans action sur la population en très grande majorité slave, le Margraviat est demeuré divisé en groupes ethniques assez distincts et sur lesquels l'autorité centrale s'exerce mal ; les Jésuites de Dietrichstein avaient assez vite établi la domination du catholicisme chez les Hanaques, dans la grasse et large plaine de la Morava ; ils avaient été moins heureux avec les Horaques {Montagnards), sur les terrasses qui séparent de la Bohême le margraviat, et surtout chez les Valaques, à l'Est, que protégeaient à la fois

iqA Émeutes protestantes

les difficultés du pays et le voisinage de la Silésie et de la Hongrie. En 1627, au moment de la grande poussée catholique, on dirigea contre eux une expédition ; le succès fut superficiel et purement momentané ', et quand Torstenson parut en 1642, « le vieux levain fermenta ». Les mécontents formèrent un petit corps d'armée, qui se grossit de partisans venus du reste du pays : nous combattons pour la parole de Dieu et pour la patrie, avaient-ils écrit sur leur drapeau et ils continuèrent leur guerre d'embuscades même quand le gros des Suédois reflua vers le nord. On chargea le général Puchheim de les soumettre, et la cruauté de la répression prouva combien cette insurrection rurale avait épouvanté la cour. Il y eut deux cents exécutions sommaires; comme les gibets manquaient, on accrochait les prisonniers aux arbres de la route, et les soldats s'amusaient à tirer sur les pendus, les chefs furent emmenés à Brno et périrent au milieu des plus horribles supplices. « Ils les ont plantés sur des pieux, dit une complainte catholique, il les ont broyés sur des roues. Ces traîtres ont fourni assez de travail aux bourreaux ". »

Ce tragique épisode est à peu près isolé ; si les émeutes locales sont nombreuses et si plus d'un employé seigneurial ou d'un missionnaire trop zélé succombe sous les coups des paysans ameutés, ces échauffourées ne sont que des actes de désespoir, sans portée politique. Bien que beaucoup de serfs conservent une fidélité obstinée aux anciennes croyances, ils sont depuis si longtemps déshabitués de toute vie indépendante qu'ils ne s'élèvent pas à la pensée d'une insurrection générale; leurs exigences sont plus modestes : un peu de repos, quelque répit, ils n'en demandent pas davantage. Puis, les Suédois ont des façons

1. L'exécution militaire avait pourtant été vigoureusement conduite : les Croates se précipitent dans la ville, frappent les bourgeois et les maltraitent de toutes les manières, puis font signer aux habitants une déclaration où ceux-ci expriment leur reconnaissance pour Dictrichstein et l'Empereur qui leur ont remis les châtiments qu'ils avaient mérités; s'ils retombent dans leurs fautes, ils demandent qu'on procède contre eux sans pitié.

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