I. Gothein, Ignatius von Loyola, p
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de Prague. Kœnigsmark, très aventureux, averti que le royaume était presque dégarni de forces, accepta et parut à l'improviste avec quelques régiments au pied des murs qui fermaient la Petite Ville, sur la rive gauche de la Vltava. Ottowalsky avec une centaine d'hommes se glissa jusqu'à une brèche du rempart qu'on réparait, tua ou dispersa les gardes, courut à la porte de Strahov et l'ouvrit aux Suédois : le burgrave Martinits, le cardinal Harrach, plusieurs autres grands dignitaires furent cueillis dans leur lit; le commandant de la place, Colloredo, qui avait négligé les avertissements qui lui étaient parvenus, s'échappa, traversa la rivière dans une barque et organisa la défense .20 juillet 1648 ').
L'agglomération que l'on désignait sous le nom de Prague, se composait de quatre cités distinctes, dont chacune avait son administration autonome, ses privilèges spéciaux et ses murailles; sur la rive gauche de la Vltava, les Hratchany avaient pris naissance au pied môme du château royal, tandis que la Petite-Ville, la Mala-Strana, s'étendait le long de la rivière ; elle était rattachée par le fameux pont de pierre à la Vieille-Ville, plus animée et plus pittoresque, qui était vraiment le centre du royaume, et qu'entourait la Nouvelle-Ville, création de l'empereur Charles W. Kœnigsmark ne montra pas la même décision que les Français un siècle plus tard ; au lieu de courir au pont et de saisir la porte de la Vieille-Ville, il ne songea qu'à ramasser du butin. La proie était tentante. Prague était l'asile où les grandes familles cachaient leurs richesses ; sur la rive gauche en particulier, les couvents et les palais étaient nombreux ; les généraux suédois montrèrent une fois de plus qu'ils n'étaient pas dignes de leur
I. Pour la bibliographie, voir Rézek, p. 504. Les textes les plus importants sont les relations publiées dans le Theatrum Europaeum, VI, 32o et sq., et le Journal de Norbert Zatotchil, imprimé pour la première fois en i685 et souvent réédité. — Comp. Rybitchka, Les bourgeois et les étudiants de Prague en 1648, 1870. — Le Père Svoboda paraît avoir eu des documents inédits, mais il ne les indique pas et son récit a un caractère hagiographique.
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mission, et Kœnigsmark à son tour, après Baner et Torstenson, transforma en une vaste opération de piraterie ce qui aurait pu être une entreprise politique décisive.
Il tenait prisonniers i8o des principaux personnages du pays, il se préoccupa beaucoup plus de la rançon qu'il leur imposerait que de la prompte soumission des autres quartiers. Harrach fut mis en liberté, sur l'intervention de Mazarin, moyennant 12,000 écus ; ses compagnons furent taxés à un prix plus ou moins élevé. Les vainqueurs procédèrent ensuite à un déménagement méthodique. Le couvent de Strahov, sorte de lieu d'asile où les seigneurs et les ecclésiastiques déposaient volontiers leurs richesses, — le comte Schlick y avait, dit-on, 5oo,ooo florins, — fut dévalisé; des files de voitures, chargées d'argenterie, de meubles, d'ustensiles de toute espèce, étaient expédiées sur l'Allemagne ; Balbin raconte que les soldats se partageaient à pleins chapeaux les objets volés. Ces descriptions m'inspirent quelque défiance ; ce qui est certain, c'est que le hasard avait livré aux Suédois comme la dernière réserve du royaume et ils furent un moment grisés par cette aubaine imprévue.
Leurs officiers étaient devenus de fins connaisseurs, savaient le prix des choses : ils mirent la main sur la bibliothèque du couvent des Bénédictins, sur l'ancienne bibliothèque des Rosenberg; Kœnigsmark songeait même à enlever les incomparables archives de Trzéboin et il en faisait rédiger le catalogue : c'était jusqu'à l'histoire de la Bohême, jusqu'aux souvenirs les plus intimes de son passé, que la tourmente menaçait d'anéantir.
Les Suédois n'eurent pas le temps de terminer leurs opérations, ils emportèrent du moins le célèbre manuscrit d'Ulfilas (codex argenteus) qui est aujourd'hui la gloire de la bibliothèque d'Upsal. Ils forcèrent le gardien du château, le couteau sur la gorge, à leur révéler toutes les cachettes et ils mirent ainsi la main sur les collections célèbres, qui sans doute n'avaient pas peu contribué à éveiller les convoitises de Kœnigsmark. Rodolphe II avait poussé
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jusqu'à la manie les goûts d'art très répandus à son époque; avec plus de frénésie que de choix, il avait entassé au hasard des curiosités bizarres, des reliques étranges, des pierres précieuses, des médailles, et aussi des peintures et des sculptures merveilleuses; très jaloux de ses richesses et très négligent, il surveillait fort mal son musée et il le confiait à des gardiens qui étaient de véritables escrocs et avaient organisé un syndicat du vol. Déjà appauvries par ces brigandages, les collections furent fort menacées au moment de l'insurrection, et les États essayèrent de brocanter ces tableaux « dont beaucoup, par la représentation inconvenante de nudités, offensent l'esprit humain plus qu'elles ne le réjouissent » '. Tout le monde n'avait pas une morale aussi sévère et le duc de Bavière en 1620, puis l'Électeur de Saxe embellirent leurs palais de Munich ou de Dresde de toutes les pièces qu'ils réussirent à découvrir. Les galeries de Prague s'étaient cependant de nouveau enrichies depuis, surtout parce que Ferdinand leur avait attribué la plupart des œuvres que Colloredo avait enlevées à Mantoue en i63o, et le butin des Suédois ne fut pas méprisable : le catalogue que dressa en i652 le conservateur de la reine Christine, mentionne 71 statues, 12,000 médailles ou monnaies, 427 tableaux, et les généraux, avant de songer à la reine, s'étaient taillé très généreusement leur part : au xvii^ siècle, les collections du château de Kœnigsmark, près de Brème, étaient célèbres, et il n'y avait guère de palais en Suède qui ne montrât avec orgueil quelque pièce conquise en Bohême.
Les catholiques avaient mis à profit le répit que leur laissaient bénévolement les vainqueurs, fortifié le pont, appelé quelques régiments, et ils repoussèrent vaillamment les premières attaques. Malgré tout, leur situation était difficile, ils n'avaient plus aucun secours à attendre du dehors et
I. Svatek. La collection Je Rodolphe à Prague, dans les Culturhistor. Bilder aus Bœhmen, p. 252.
2o6 • PAIX DE WESTPHALIE
Charles-Gustave de Suède arrivait avec des troupes fraîches. Ferdinand avait été atterré par la nouvelle du coup de main de Kœnigsmark ; l'impératrice, très pieuse, le consola: « Ayons confiance dans la Toute-Puissante Vierge Marie, prions devant son image; elle nous protégera ainsi que notre ville de Prague. » Le roi écouta ces paroles, ajoute le chroniqueur catholique, et Dieu exauça leurs prières. L'histoire, en somme, confirme ici la légende : les moines inspirèrent à leurs fidèles une belliqueuse assurance, organisèrent des légions d'ouvriers et d'étudiants qui firent vaillamment leur devoir : les Bénédictins, les Carmes, les Frères de la Miséricorde formèrent trois bataillons que conduisaient au combat des chanoines et des prieurs; au premier rang, marchaient les élèves de l'Université que le jésuite Plachy avait enflammés de son pieux enthousiasme. Tous les assauts furent repoussés et Charles-Gustave se disposait à se retirer quand il apprit que la paix venait d'être signée. Les Jésuites avaient prouvé que la domination catholique était désormais solidement établie en Bohême et leur résistance avait fourni aux Suédois le prétexte qu'ils attendaient pour abandonner les émigrés.
Un des envoyés impériaux raconta que, pour vaincre leurs dernières hésitations, on leur avait payé 600,000 écus. Même à cette époque, cette avidité fit scandale, on ouvrit une enquête qui démontra que la somme en question avait été versée, mais pour de tout autres raisons. Résultat facile à prévoir. Les Suédois n'avaient évidemment pas poussé l'impudence jusqu'à laisser des témoignages palpables d'un indigne marché. La douleur des émigrés éclate dans la lettre désespérée qu'adressa à Oxenstiern l'évêque des Frères, Comcnius : « Mes compatriotes, qui souifrent pour l'Évangile, aimaient à entendre les paroles que tu m'avais dites, à moi et à d'autres, que tu ne voulais pas nous abandonner. Et maintenant, quelle n'est pas notre tristesse, en apprenant que nous sommes exclus de la paix!.. Vous êtes vainqueurs par la puissance de nos larmes, et vous, qui pouviez nous rendre la liberté qui nous