‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 110 sur 325 · Paiera, Correspondance de Comenius, p · texte numérisé non relu

Paiera, Correspondance de Comenius, p

2. Id. p. i55. Non quod deserar ipse aut nostrum pars quaedani, religion! consortes nostrae, sed quod tota gens.

2o8 FAIX DE WESTPHALIE

souverain acceptait ici au moins la liberté de conscience. Ces conditions furent assez mal respectées par le gouvernement et il inaugura presque au lendemain du traité un système d'interprétation étroite et de persécution sourde qui exaspéra les habitants, les détacha des Habsbourgs et fraya la route à la conquête prussienne.

II y a, comme on le voit, assez peu d'exactitude dans l'opinion traditionnelle suivant laquelle les traités de Westphalie marqueraient le triomphe des idées de tolérance. Ce qui est vrai, c'est que les deux grandes confessions religieuses qui se partagent l'Europe centrale et occidentale, se résignent désormais à ne rien entreprendre l'une sur l'autre. Tour à tour, protestants et catholiques ont eu l'espoir d'arracher à leurs adversaires quelque position décisive; leurs assauts ont été repoussés et ils renoncent à des projets qui dépassent leurs forces. Les résultats de la croisade jésuite semblent maigres, parce qu'on les compare aux triomphes grandioses un moment entrevus en 1629; ils sont loin d'être indifférents. Jusqu'en 1618, un coup de main heureux eût suffi pour livrer à la Réforme les états des Habsbourgs et rendre très difficile la situation des catholiques de l'Allemagne méridionale ; de ce côté, toute crainte est définitivement écartée; la guerre de Trente-Ans, et c'est là une de ses conséquences les plus graves, a créé une Autriche nettement et profondément catholique. De plus si les partis religieux abdiquent toute idée de revanche, ils rapportent de la lutte une inquiétude rancunière; ils refusent tout contact avec l'adversaire et s'enferment jalousement dans leurs frontières. Seulement, tandis qu'autour d'eux, ces peurs et ces colères désormais sans objet s'atténuent assez rapidement, les Habsbourgs, peut-être parce qu'ils ont couru des périls plus sérieux, restent implacables et ils fondent toute leur politique sur le triomphe absolu de l'Eglise romaine. Cet esprit de défiance et d'exclusion arrête toute activité intellectuelle, brise toute vigueur morale et attarde les peuples dans une longue enfance, en écartant tous les

secours extérieurs qui auraient été indispensables à leur relèvement.

Même sans cela, il eût fallu beaucoup de temps pour que les éléments hétérogènes dont se composaient désormais l'aristocratie et, en partie, la bourgeoisie bohème, se fondissent et se laissassent peu à peu pénétrer par l'esprit national : il n'est pas même très sûr que ce travail de reconstitution, très délicat, soit complètement terminé de nos jours, et certaines défaillances de la noblesse actuelle, incertaine de son devoir et de ses destinées, s'expliquent peutêtre par la source impure d'où elle sort. Dans tous les cas, la transformation fut très lente, parce qu'il n'y avait vraiment plus de milieu autochtone: la rupture avec le passé a été aussi brusque que complète; les nouvelles générations, dont une tourmente furieuse a bouleversé la destinée, n'ont pas reçu de leurs aînés les traditions qui forment le fonds de l'àme populaire; elles ne tirent à peu près aucun profit immédiat des efforts antérieurs, elles grandissent sans souvenirs, sans aide et ce n'est que peu à peu qu'elles parviendront à refaire une âme à la patrie; pour longtemps, sur ce sol déchiré, elles ne sauraient avoir qu'une pensée, débla3'er les ruines, et elles labourent la terre en marmonnant de monotones litanies.

Toute la vie morale, toute la recherche intellectuelle se réfugient à l'étranger, et la véritable histoire de la Bohême à ce moment, c'est celle de l'émigration. « Le troupeau dispersé » n'était plus qu'un rameau détaché, condamné à se dessécher et à être emporté par le vent, mais auparavant il donne une radieuse moisson de fleurs dont le parfum n'est pas encore évaporé. Quelques-uns, surtout ceux qui venaient de Moravie, avaient trouvé asile en Hongrie et en Transvlvanie; ils y rejoignaient les descendants des Hussites qui, après la bataille de Lipan, s'étaient retirés dans les Carpathes et y avaient répandu l'hérésie; dans ces montagnes où expirent les bruits du monde et où la race poursuit lentement son rêve intérieur, se transmirent mystérieusement de génération en génération les secrets de

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