‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 111 sur 325 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

l'Unité; Kollar, Chafarjik et Palatsky les rapporteront à la Bohême un siècle et demi plus tard.

De tous les proscrits, ces humbles furent peut-être les moins malheureux; autour d'eux, ils entendaient les sons de la langue maternelle et les brises du sol natal rafraîchissaient leur front. Ceux qui étaient partis pour l'Allemagne, perdus au milieu d'un peuple étranger, sentaient plus durement l'isolement et l'écoulement de leur personnalité. Les lettres de Catherine de Zérot}^! nous montrent la fidélité avec laquelle ils s'attachaient à leurs souvenirs : elle avait appris tant bien que mal l'allemand, mais elle ne voulait écrire que le tchèque et ne tolérait autour d'elle que des serviteurs tchèques; elle ne réussit jamais à prendre son parti de l'exil : « Que la volonté de Dieu fasse que nous puissions rester dans notre patrie plutôt qii'au milieu des étrangers! — Je ne voudrais pas mourir ici, mais près de vous, quelque part dans la patrie bienaimée '. » — « Patrie, Patrie Sainte, Notre Mère Délicieuse, jadis si bonne à tous et dont l'amour nous nourrissait, lisons-nous encore dans un cantique tchèque imprimé en 1710, que la bénédiction soit sur toi, illustre, glorieux royaume tchèque. Les Romains te gouvernent maintenant et des étrangers sont tes maîtres; les fils ont été séparés de la mère. Nous n'avons plus qu'un espoir, c'est que Dieu nous affranchisse de notre esclavage et nous ramène dans notre patrie ". »

Le pain de l'étranger est amer : au début, les proscrits avaient été accueillis avec une bonne volonté bruyante, surtout ceux qui avaient sauvé quelque argent et faisaient figure ; la charité se refroidit vite quand arrivèrent les longues files de marchands, d'ouvriers, de paysans, affamés, en haillons, qui demandaient du travail et du pain, faisaient baisser les salaires et renchérir les vivres. On jugeait insolente leur prétention de conserver leurs usages particuliers.

Page 1