‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 112 sur 325 · Vllchck, Hist.de la littéral, tchèque, p · texte numérisé non relu

Vllchck, Hist.de la littéral, tchèque, p

de ne pas se fondre dans les communautés religieuses existantes : n'avaienf-ils pas pourtant pa3'é assez cher le droit de célébrer ces rites qu'ils tenaient de leurs ancêtres, le seul trésor qu'ils eussent sauvé de la tourmente, le dernier lien qui les rattachât au passé? — Le clergé luthérien, d'une orthodoxie étroite, les entourait d'une surveillance hargneuse : en Saxe surtout où ils étaient en grande partie réunis, à Pirna et à Zittau où ils formaient des colonies importantes, à Dresde, dans le Voigtland et les Monts Métalliques, les consistoires officiels épluchaient leurs livres dogmatiques, les troublaient par des questions captieuses, triomphaient de leur ignorance ou de leurs contradictions. Ils donnaient prise à la malveillance par leur exaltation mystique, la crédulité aveugle qui faisait d'eux les dupes de tous les illuminés et de tous les escrocs, leurs dissensions intestines, fléau ordinaire des émigrations; trop souvent leurs pasteurs se jalousaient, s'injuriaient, se dénonçaient; les âmes naïves et pures étaient consternées de ces scandales dont les Luthériens sournoisement triomphaient. Beaucoup, lassés par ces 'tracasseries, sans ressources, poussèrent plus loin, en Brandebourg, en Pologne, dans les Etats Scandinaves, en Hollande, se perdirent bientôt dans le grand flot protestant. Ceux-mémes qui restent groupés en îlots compacts près de la frontière, sont assez vite pénétrés par les influences allemandes ; beaucoup meurent jeunes, sans descendants; la plupart des enfants oublient le tchèque, gardent seulement un vague souvenir du pays où leurs pères ont été heureux '.

Parmi les émigrés, la proportion des professeurs, des pasteurs, des écrivains, était extraordinairement forte et la liste des œuvres qu'ils ont laissées serait longue : cette statistique intellectuelle, qui ne saurait d'ailleurs avoir qu'une valeur relative, parce qu'elle serait dans tous les cas incomplète, vaudrait cependant de tenter un érudit tchèque

I. V. Schulz, Les émigrés tchèques, iSyô. — Peschek, Die bœhm. Exulanten in Sachsen, 1837.

et elle seule nous donnerait vraiment une idée des conditions désastreuses où le règne de Ferdinand II plaça la Bohême. Certes, parmi tous les volumes qui, oubliés dans les bibliothèques, tombent peu à peu en poussière, rongés parles vers, ou parmi ceux dont il ne reste plus qu'un titre que nous signale le catalogue de Jungmann, le fatras domine; mais c'est une conception bien étroite et fausse de ne juger de l'action possible d'un livre que par l'intérêt durable qu'il garde. A toutes les époques, les écrivains distingués sont rares ; les médiocres sont nécessaires justement pour maintenir éveillé l'esprit de recherche, répandre le goût du travail et préparer le progrès; c'est leur balbutiement que le poète inspiré transforme en chants sublimes et de leur humble travail se dégage rayonnante la pensée créatrice; en dehors de sa valeur absolue, un livre a une puissance d'initiation, et les lois stupides qui dispersaient ainsi aux quatre coins de l'Europe tous les hommes qui étaient les entraîneurs de leur peuple, condamnaient par là même ce peuple à une longue médiocrité. — Et ce n'étaient pas après tout des âmes vulgaires, bien que les formes de leur pensée nous soient aujourd'hui devenues étrangères et que nous soyons choqués par certaines de leurs habitudes d'esprit, que celles des hommes qui, au milieu de soucis si accablants, ne se détournaient pas des questions dogmatiques ou qui, pendant que leur église agonisait, trouvaient la force d'enregistrer ses douleurs. L'histoire doit au moins un souvenir à ces vaillants qui espérèrent contre toute espérance et que l'épreuve ne courba pas, à Habervechl de Habernfeld ' ; à Krzinetski de Ronov qui traduit en tchèque une histoire du royaume de Dieu, afin d'être utile à « l'ensemble du peuple et aux petites gens », à Jacob Jacobœus ', surtout à ce Georges Holyk dont les Larmes sanglantes et le Fouet pontifical vibrent encore de toutes

1. Médecin, se retire à la Haye après 1620, public à Leyde en 1643 le Bellum bohcmicum ab anno 16 17.

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