‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 114 sur 325 · Stransky (traduction Tonner), p · texte numérisé non relu

Stransky (traduction Tonner), p

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Ce mélange de ferveur religieuse, d'indomptable courage et d'exaltation nationale, fait encore aujourd'hui de la Respublica Bojema une lecture très vivante. Les Elzévirs avaient eu l'idée de publier une sorte d'Encyclopédie où la description de chacun des états de l'Europe serait confiée à un érudit d'une compétence spéciale. Stransk}^, obligé de travailler vite, sans avoir sous la main toutes les sources nécessaires, a modestement avoué les imperfections de son œuvre : — il a fait ce qu'il a pu, non ce qu'il aurait voulu. — Son livre, malgré ces lacunes, est cependant un document extrêmement précieux ; il nous donne le résumé sincère et vivant de ce que pensait, de ce que sentait la meilleure partie, la plus instruite et la plus généreuse, de la bourgeoisie tchèque, avec ses limites, ses préjugés, avec ses nobles aspirations aussi, développées et fortifiées par l'Unité. L'histoire, détournée par le miroitement de la vie politique, que détermine seule une aristocratie turbulente et corrompue, oublie trop peut-être ce que recelait encore de dignité morale et de vigueur intellectuelle cette classe moyenne tchèque dont la main brutale et sanglante de l'étranger étouffa les progrès. Stransky, — et c'est un trait qui me frappe chez presque tous les représentants de l'émigration — n'est pas un fanatique; chez lui, aucune trace d'esprit de vengeance, et c'est vraiment pousser bien loin la sévérité que de lui reprocher certaines habitudes de langage fort inoffensives : qu'il appelle le pape « l'évêque de Rome « et qu'il oppose à ses dévots « les sectateurs d'une religion plus pure », les catholiques les plus soumis, tels que le jésuite Balbin, n'en étaient pas choqués et cela ne l'empêchait pas de reconimander la lecture de la « République bohème » à son ami, le chanoine Péchina de Tchéchorod. Pendant tout le xvii*" et le xviii'^ siècles, les érudits et les lettrés, ceux qui essayaient d'échapper aux tristesses du présent, trouvèrent un réconfort dans ce mince volume où revivaient les jours de l'indépendance, et, quand arrivèrent de l'Ouest les premières effluves d'une aurore nouvelle, un instinct

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obscur poussa Cornovaà traduire en allemand, c'est-à-dire dans la langue qui était devenue celle de la bourgeoisie, le livre de Stransky, comme pour rattacher aux traditions antiques la liberté nouvelle.

Stransky plonge par ses fibres les plus intimes dans la vie de son peuple et sa fierté native a été trempée par l'exil : « Beaucoup d'auteurs allemands, écrit-il, dominés par leurs passions, parlent avec trop d'emphase et d'insolence des droits de leurs compatriotes et nous tiennent en pauvre estime; il n'est pas contestable que les Allemands ont souvent en honneur la force plus que l'équité, que c'est une nation ambitieuse, haineuse, une plaie pour leurs voisins; ils n'ont toujours eu que du dédain pour les autres, en particulier pour les Slaves, et ils ont employé toutes leurs ressources, non seulement à les réduire en servitude, mais même à les exterminer. Ils se vantent volontiers que les Danois, les Polonais, les Hongrois, les Marcomans (Moraves), les Suisses, les Savoyards, les Hollandais et d'autres encore sont les protégés de leurs rois : interrogez tous ces peuples et ils vous répondront qu'il n'y a là que bavardages et vantardises. Adressez-vous à quelqu'un qui connaisse l'histoire tchèque, il vous répondra que la Bohême est une amie et une alliée de l'Allemagne, non sa servante ou sa vassale '. » Stransky a été un des partisans les plus dévoués de Frédéric V, mais il n'a jamais rien sacrifié des droits de son peuple et il a une idée très claire de l'opposition des races germanique et slave : — La Bohême est vraiment l'œuvre des Slaves ; quand ils l'ont occupée, elle n'était qu'un désert, ils l'ont défrichée, ils l'ont ornée de toutes les richesses de la civilisation, et alors les Allemands ont essayé de s'en emparer par la force et de mettre la main par la ruse sur ce beau pa3^s qu'ils avaient auparavant dédaigné. — Ce n'est pas ici le lieu de discuter cette théorie historique; ce qui importe, c'est de rappeler à quel point elle a toujours

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dominé les esprits. Stransky sur ce point continue Daiimil et annonce Palatsky.

L'influence de Stransky sur la pensée tchèque ne s'est guère exercée que tard et d'une façon indirecte ; il s'adressait moins à son peuple qu'à l'Europe. L'opinion était dès lors une puissance assez l'orte pour que les deux parties ne jugeassent pas indiflerent de la gagner, et les catholiques comme les protestants au début de la lutte publièrent des Apologies de leur conduite. Slavata \ un des chefs de la réaction, qui n'avait d'abord voulu que répondre aux assertions de Thurn et démontrer que les Etats ne possédaient pas le droit d'élire leur souverain, fut peu à peu entraîné à raconter la suite des événements de 1608 à 161 9 et enfin à entreprendre une histoire générale de la Maison d'Autriche depuis le moment où s'arrêtait la célèbre Chronique de Hajek (1527). C'était un de ces esprits bornés qui ont besoin d'un maître et dont la joie suprême est d'abdiquer : sa conversion, quels qu'en eussent été les mobiles, n'avait pas nui à sa fortune, mais il avait certainement fini par être sincère et, à plusieurs reprises, il voulut entrer dans l'Ordre des Jésuites : ils l'en détournèrent, il leur rendait plus de services au palais. Il fut un des dévots de ce Jérôme Gladich de Magdebourg qui avait le pouvoir de racheter les âmes du purgatoire et qui parcourait l'Allemagne et l'Autriche en ramassant les dons des croyants : à la troisième messe, Slavata vit l'âme de sa femme s'envoler vers le ciel, sous la forme d'un oiseau blanc; il hâta de même la libération des âmes de ses propres enfants, de divers parents et même de Ferdinand II, dont le salut aurait cependant dû être assuré

I. Guillaume Slavata de Ghlum et Kochumberg (1572-1652), dont la famille appartenait à l'Unité des Frères bohèmes, se convertit au catholicisme en 1597 et devient dès lors un des ennemis les plus ardents du protestantisme. 11 s'oppose à la Lettre de Majesté, et les I^tats, qui l'accusent de soutenir la politique romaine, se vengent de lui en le jetant par la fenêtre des Hratchany, en même temps que Martinits, 23 mai i(3iS. Grand- Chancelier en 1628, il est un des favoris de Ferdinand III. .liretchck a public ses Souvenirs de i6o8à 1619 {2 vol. Prague, i86(J-i86<S). Sa grande Histoire des paj's de la maison de Habsbr)urg n'a été publiée qu'en partie (iSâj).

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par ses propres mérites; il conserva sa foi dans Giadich même après que cet escroc eut été arrêté et condamné.

De telles erreurs, à cette époque, ne sont pas rares dans les deux camps; elles sont plus graves chez Slavata, parce qu'elles ne sont pas une simple surprise de l'imagination, mais une atrophie chronique de la réflexion; ses maîtres lui ont enseigné à ne jamais regarder directement ni les hommes ni les choses, et son mysticisme met une sorte de voile entre lui et la réalité; son récit manque de vie et d'émotion, comme sa pensée de clarté et de vigueur. S'il avait des scrupules sur la légitimité d'un traité, il suffisait pour le rassurer qu'un Père Capucin lui garantît que la question avait été mûrement discutée par des théologiens très experts, et il se consolait de la ruine des libertés publiques « par la gloire immortelle que la patrie retirait de l'insigne faveur qui lui permettait, à lui et à quelques seigneurs bohèmes, de suivre le souverain ». Il poussait tout au plus l'indépendance jusqu'à présenter au roi de paisibles remontrances, puis il l'aidait à violer la loi : « le cœur du prince est dans la main de Dieu ; j'ai dû laisser aller les choses ». C'est un modèle détestable, — et malheureusement trop fréquent, — de cette noblesse de cour, humble et servile, d'ambition mesquine et d'intelligence courte, telle qu'elle grandit auprès des Habsbourgs et dont ils tirèrent les instruments de leur despotisme. Il n'est pas jusqu'à sa langue, pénible, embarrassée, avec son mélange insupportable d'allemand et de latin, qui ne révèle la décadence. Comme cependant de tous les écrivains catholiques de cette époque aucun ne saurait lui être comparé, il nous permet de mesurer la supériorité morale de l'émigration.

L'œuvre de Paul Skala ' prouve que les radicaux tchèques

I. Paul Skala de Zhorze; i583, mort après 1640, fils d'un bourgeois de Prague; prit part à l'insurrection et appartint à la fraction radicale, suivit Frédéric V et fut chargé de plusieurs missions importantes. Le plus considérable de ses ouvrages est son Histoire ecclésiastique; Tieftrunk a publié la partie qui va de 1602 à 1623, b vol. 1865-1870.

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avaient bien compris et envisagé sans faiblesse le caractère et les conséquences de la lutte dont les événements de 1618 avaient marqué le début. Avec une précision singulière et une rare largesse de vues, il a aperçu le plan de la contre-réforme catholique, il en dénonce les moyens, il en suit les progrès dans les divers pa3's ; les Calvinistes, héritiers sur ce point des humanistes et très supérieurs aux Luthériens qui, sous la direction des médiocres Électeurs de Saxe, se contentaient de maintenir vaille que vaille leur situation, avaient toujours eu un système politique général et leurs projets embrassaient une réorganisation complète de l'Europe. Skala avait connu à la cour de Frédéric V quelques-uns de ces diplomates qui poursuivaient dans la chute des Habsbourgs le triomphe universel du protestantisme : de là l'extrême intérêt de son récit.

Sa situation lui a permis de nous transmettre des documents précieux et, dans sa retraite à Freiberg, il a suivi de près les phases de l'agonie de son peuple. Ces mérites, en partie accidentels, ne suffiraient pas à le mettre en vedette dans le chœur nombreux des annalistes; il s'élève au contraire au-dessus d'eux et se classe parmi les historiens par son effort pour démêler au milieu du kaléidoscope des événements leur sens profond et leur enchaînement. Il ne se contente pas de nous donner le récit des incidents extérieurs, il pénètre dans l'âme des principaux acteurs, il nous révèle les faiblesses et les mobiles des partis en lutte. Il n'a jamais rien abdiqué de ses convictions et son œuvre doit être consultée avec prudence, puisque c'est le témoignage d'un combattant très engagé dans l'action, mais, — et l'on s'aperçoit par là combien son esprit est d'une autre trempe que celui de Slavata, — il cherche toujours l'explication rationnelle des faits et ils nous apparaissent chez lui comme le développement naturel à la fois des causes générales profondes et de la psychologie des partis. Sa phrase ample, harmonieuse, dans cette majesté un peu embarrassée qui est comme la marque de l'école de Veleslavin, se ressent quelquefois de

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son séjour à l'étranger ; du moins elle est précise, énergique, souvent colorée, et il n'eût pas été un mauvais modèle. Comment aurait-on songé cependantà imprimer ces dix volumes in-folio, dont les plus épais ne comptent pas moins de 1700 pages et dont les autres ne sont guère moins encombrants ! Pour les dissimuler devant les douaniers et les prêtres, il fallait de petits in-iG, et les imprimeurs de Gœrlitz, de Zittau, de Dresde, de Leipzig et de Berlin qui fournissent aux colporteurs les livres que ceux ci introduisent secrètement en Bohême pendant le xvn^ et le xv!!!*" siècles, n'éditent guère que des traités de piété et des cantiques. Les œuvres de Skala demeurèrent donc inconnues jusqu'au moment où, au début du xix*^ siècle, Palatsky en signala l'importance et son nom ne se répandit dans le peuple que quand Havlitchek, dont le patriotisme avait un flair si siar, en donna quelques extraits dans son journal.

Skala et Stransky ne sont que des écrivains très distingués, Comenius est un esprit supérieur, et son influence, obscure et sourde, a été permanente et profonde ; en dessous et à côté de l'action des Jésuites, il a maintenu la pure tradition nationale et c'est par son intermédiaire que Dobrovsky. le héraut du réveil, donne la main au martyr de Constance. Non pas sans doute que les « patriotes éclairés » de la fin du xvni* siècle soient de ses disciples exclusifs et, pour que ses inspirations exercent toute leur vertu, il faudra qu'elles soient développées et complétées par les théistes anglais, les encyclopédistes français et les humanistes allemands. Jamais un seul homme et une seule doctrine n'expliquent un de ces mouvements de la pensée qui transforment les peuples. Mais, en dégageant tous les éléments d'avenir que renfermait le protestantisme bohème, Comenius a ouvert l'àme tchèque à l'initiation des idées modernes ; elles ne furent fécondes que parce qu'elles réveillaient en elle les plus lointains souvenirs et qu'elles avaient un fonds essentiellement indigène.

Tous les critiques qui ont été attirés par la physionomie

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de Comenius ', — et ils sont légion, — ont été frappés de l'extrême compréhension de son esprit que révèle déjà la variété de ses travaux : théologien^, moraliste, historien, philologue, physicien, aucune des formes de la vérité ne lui est indifférente, et, de même qu'aucune spéculation n'est trop haute pour son intelligence, aucun souci n'est trop humble pour sa bonté; en même temps qu'il essaie de réunir dans une vaste synthèse l'ensemble des connaissances humaines, il se penche sur l'enfant qui épèle ses premières lettres et écarte doucemenr de sa route les pierres où se heurteraient ses pas chancelants. La qualité maitresse, — je ne dis pas de son esprit, — mais de son âme, c'est l'harmonie ; les préoccupations pratiques, scientifiques

I. Jean Amos Komensky ou Comenius, originaire de Komna en Moravie {1592-1670); instituteur et pasteur à Fulneic, il se réfugie, après le mandat d'expulsion de 1621^ sur les domaines de Zérotyn; — Labyrinthe du Monde {j623). — Centnnn securitatis (/625). — Traduction des Psaumes. — Obligé de quitter définitivement la Bohème, il conduit une partie des Frères à Lechno, en Pologne ; il est dès lors le véritable chef de l'Unité, le directeur de son enseignement, et il compose sa Grande Didactique, d'abord en tchèque, puis en latin, à laquelle se rattachent la Janua linguarum (i63 1), VInformatorium de l'école maternelle : — L'Histoire des Persécutions est de i632. — Il est de plus en plus préoccupé par la recherche d'une conception générale du monde et sa Pansopliie ne cesse pas dès lors jusqu'à la fin de sa vie d'occuper sa pensée. Ses études préliminaires {Prodromus pansophiae) attirent l'attention universelle, et le Parlement anglais l'appelle à Londres (1641); il est ensuite en relations étroites avec Oxenstiern; sa Metliodus linguarum novissima 1645 est une de ses œuvres les plus intéressantes. Le Testament de l'Unité mourante (i65o) traduit toute la douleur que causa aux émigrés le traité de Westphalie. En 1648, il est élu évèque des Frères, puis appelé par Sigismond Rakoczy en Transylvanie : il y commence son Orbis pictus, qui parut en i658. Pendant l'invasion de Charlcs-X-Gustave, Lechno est incendiée, les Frères se dispersent et Komensky, qui a perdu ses manuscrits et sa bibliothèque, se réfugie à Amsterdam. Il y continue ses travaux et ses publications. — De bono unitatis, 1660. — Unum necessarium 1668. — La bibliographie relative à Comenius est considérable. On trouvera de très nombreux et très utiles renseignements dans les diverses publications de la Comenius-Gesellschaft, fondée à Berlin en 1891. Parmi les œuvres essentielles, je citerai seulement \es. Biographies de Comenius (en tchèque) par Zolhkk (2' édit. i8()2) et par CviMAiiA (1892-1894, inache\ée) et en allemand par Kv.acsala (1892], —et sa Correspondance (en cours de publication) éditée par Patera et Kvatchala- Parmi les ouvrages consacrés à l'étude de la pensée de Comenius, Kapras» Esquisse de la philosophie de Comenius (en tchèque), 1894, et Criegern J. A. Comenius als Theolog (1881). — Vieilli par endroits, le livre de Benham, Comenius' school of infancy, with sketch of his lifc (Londres, i858) donne un bon résume et une impression juste.

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et religieuses, se pénètrent en lui et se mêlent si intimement qu'il passe sans effort des spéculations les plus sublimes aux détails les plus mesquins et son cœur est si chaud que les passions opposées s'y fondent dans un encens d'amour. Il recherche les éléments d'une langue universelle, et il travaille à affranchir de leur servitude les dialectes populaires et en particulier le tchèque; son patriotisme spécifique ne connaît pas plus la haine que sa vaillante fidélité au credo de son église ne comporte d'intolérance. Il est vraiment le fils de cette Unité des Frères qui n'est jamais arrivée à une doctrine définitive et rigoureuse, en partie sans doute parce qu'elle se souciait moins du dogme que de la discipline, mais avant tout par une instinctive répulsion contre tout ce qui ressemble à l'orgueil du sens propre et qu'elle avait vraiment pris à la lettre la parole du Sauveur : Paix aux hommes de bonne volonté ! Rien chez elle de l'inflexible logique d'un Calvin ou de l'audace triomphante d'un Luther; elle s'insinuait dans lésâmes, berçait leur mélancolie et les conduisait à la résignation par l'espoir. Doctrine sublime et dangereuse, dont la Bohême a failli mourir. Même dans l'état actuel de notre civilisation, une religion qui s'ouvrirait ainsi largement à toutes les influences, courrait grand risque de s'émietter en chapelles, et un peuple qui se ferait tout à tous, victime de son altruisme prématuré, encombrerait bientôt de son cadavre la route qui mène au progrès. Est-il bien sûr après tout que ces sacrifices n'auraient pas un jour leur récompense et surtout n'est-il pas nécessaire qu'au milieu de nos discordes des prophètes nous rappellent l'existence de ce royaume de Dieu, où les voix discordantes s'uniront dans un cantique de Siméon?

Bayle, très dur pour Comenius, après nous avoir énuméré les visionnaires dont il fut la dupe, nous raconte que sur la foi d'un d'entre eux il avait prédit la fin du monde pour 1673, et il remarque que bien des gens jugèrent qu'il était mort à propos, pour éviter la confusion de voir lui-même la vanité de ses prévisions. — « Il était si habi-

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tué à de pareilles disgrâces, ajoute-t-il, qu'il aurait essu3'é ce dernier choc sans le sentir. Ces messieurs sont d'une constitution admirable, rien ne les déconcerte... Ils sont toujours prêts à recommencer; ils sont à l'épreuve des plus légitimes humiliations. » Ba^de, esprit libéral hardi, mais superficiel, n'a pas compris ce que des formes surannées cachent souvent de nouveauté féconde. Les rêveries millénaires de Comenius n'étaient, sous leur forme enfantine, qu'une protestation contre le triomphe définitif de la violence; il touchait en quelque sorte de la main un état supérieur où les consciences seraient libres et le droit de tous respecté : cet ascète était un optimiste impénitent, il cro3^ait à la raison, à la science et au bonheur. Bayle n'a pas reconnu dans ce mystique un précurseur de cette philosophie rationaliste et réformatrice qu'inaugure le Dictionnaire historique et critique.

Comenius cro3^ait à la bonté naturelle de l'homme et à la puissance de l'éducation. Orphelin très jeune, presque abandonné par des tuteurs négligents, il avait commencé tard ses études et avait souffert des méthodes d'un enseignement pédantesque, brutal, « où tout se faisait au rebours du bon sens et... où beaucoup prenaient horreur des livres ». Dans ses voyages, en Allemagne, en Hollande, à Heidelberg et à Herborn, il vit à l'œuvre des pédagogues moins routiniers, étudia leurs livres. Son esprit, très ouvert et très réceptif, avait besoin d'une excitation étrangère, et il est vrai, en ce sens, qu'il n'est pas original et créateur : mais toute création terrestre n'est que le développement de germes antérieurs. Comme son Eglise, qui, à travers les variations de ses symboles, garde une physionomie si distincte, il a toujours conservé « les grâces de son baptême »; sa nature, « très mobile et très souple, est cependant si déterminée dès la première heure et si personnelle que ses changements et ses progrès n'atteignent que l'apparence et non la substance de son être et de sa pensée ' »;

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