I. Klcincrt, Thcu!. Stud. u. Kritiken, p
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on retrouve sans cesse dans ses œuvres les traces de ses lectures, mais avec les pierres qu'il emprunte, il élève un édifice qu'il marque de son génie. Aujourd'hui nous avons souvent quelque peine à saisir ce qu'il y a en lui de hardiesse, parce que nous sommes saturés de ses idées; ses découvertes sont devenues des truismes. Le triomphe d'un réformateur, c'est que ses audaces ne paraissent plus que des banalités.
La doctrine de Comenius, qu'il accorde avec une foi religieuse d'une candeur touchante, est très simple : l'homme est fait pour le bonheur par la science et la raison; Dieu nous ouvre ses trésors dans la Bible et dans la nature, ne fermons point volontairement les yeux, remplissons-les de la splendeur de sa lumière et travaillons tous à préparer le triomphe de sa volonté. Les maçons et les théistes anglais, les encyclopédistes français, Herder et Lessing reprendront avec d'autres termes cet hymne à la raison et, comme Comenius, appelleront les peuples à la réconciliation dans la libre recherche. Il était nécessaire qu'au moment où les Jésuites prétendaient courber l'esprit de l'homme sous les lois d'une théologie t3'rannique et étroite, une protestation s'élevât au nom de la nature ; il était bon qu'elle partît d'un pasteur qui, tout imprégné de l'Evangile, était ainsi un admirable introducteur des nouvelles doctrines près des âmes tendres, qu'aurait rebutées le moindre soupçon de scepticisme; il était naturel que cette conception si large et si haute des destinées de l'humanité sortît d'un pays qui avait épuisé jusqu'à la lie toute l'amertume des controverses théologiques. Comenius a laissé bon nombre de livres de polémique religieuse; au fond ces arguties ne l'intéressent pas. Criegern a remarqué que, dans aucune branche de la théologie, il n'a fait preuve d'invention scientifique. Ces subtilités ne lui semblent guère utiles au salut et sa piété naïve est bien plus éloignée du dogmatisme de son siècle que de la souplesse d'un Schleiermacher ou de l'audace de nos plus hardis contemporains, de ces past»urs qui, reniant
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le credo de Luther pour conserver sa méthode, jettent au ciel désert un suprême appel. Il n'a de répulsion que pour ceux qui, comme les Sociniens, lui ferment toute espérance, et plus encore pour ceux qui, par la plus criminelle des prévarications, emploient la violence pour écraser les opinions qui ne sont pas les leurs. C'est le péché suprême contre le Saint-Esprit, celui qui ne sera pas pardonné, le blasphème contre le Christ « qui a légué aux siens en héritage la paix et la charité », La faute originelle, — bien qu'il ait combattu l'hérésie de Pelage, — s'estompe chez lui dans une pénombre incertaine ; « il a besoin de croire que Dieu, qui a créé l'homme, lui ouvrira les bras ; que le mal n'est qu'une épreuve passagère, comme l'erreur ; que le Christ, la lumière du monde, deviendra le guide des nations et que le salut éternel pénétrera jusqu'aux limites de la terre ' »,
Pour que l'homme accoure à la vérité, il suffit de la lui montrer; le devoir suprême est de l'éclairer^ de former l'esprit, de répandre à tiots l'instruction. Quand Comenius revint en Bohême après ses études universitaires, trop jeune pour être consacré pasteur, il reçut la direction d'une école des Frères ; il avait trouvé sa voie, et il resta dès lors jusqu'à sa mort, — ou plus exactement jusqu'à aujourd'hui, — l'instituteur de son peuple, en donnant à ce grand nom sa pleine et plus admirable acception. Il se propose « d'amener les agneaux du troupeau du Seigneur aux réalités supérieures et aux trésors solides par le moyen des études », Aux heures des pires détresses, « quand des quatre coins du ciel les nuages s'amoncèlent et que d'aucun côté on n'aperçoit ni secours ni espérance », il écrit ses Entretiens d'une âme inquiète, son Abîme de la sécurité, son traité De l'Abandon, et son Labyrinthe du monde, et à toutes les âmes angoissées et chargées, il rend la sérénité et la confiance, en leur promettant que leurs souffrances ne
I. Voir sur le dogme de la prédestination dans Comenius, Criegern, p. i65 et sq.
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seront pas perdues. — « Tu apprendras dans ce livre, écrit-il à sa femme, combien il est vain sur cette terre de vouloir choisir la route sur laquelle on voudrait être conduit par Dieu; obéissons-lui plutôt volontairement, même les yeux pleins de larmes, et acceptons de ses mains avec la même reconnaissance le bonheur et le malheur, la joie et la souffrance, le rire et les larmes. »
Sa soumission n'est pas un lâche abandon ni une résignation morose : il a le goût du réel et le sens de la vie; de là le charme de ce Labyrinthe du monde, dont il a emprunté ridée principale et de nombreux développements au Voyage du Pèlerin, de Valentin André (1618), et qui demeure malgré tout si personnel. Dans la littérature universelle dont Herder a entrevu le plan, a écrit un des critiques qui ont le mieux compris Comenius, c'est par ce Labyrinthe du monde que la Bohême devrait être représentée, et il n'est pas d'ouvrage, en effet, d'où se dégage A mieux l'esprit de la race tchèque telle que l'ont faite l'histoire et cette sorte de déchirement intime qui la partage entre l'Occident dont elle a reçu sa civilisation et l'Orient où la rappellent ses origines et les nécessités de son autonomie. Le charme de ce roman mystique vient avant tout de l'exquise simplicité de l'auteur et de sa tendresse infinie. Il sait combien nous sommes loin de la perfection qu'il recherche et qu'il attend, il n'a aucune illusion sur ses contemporains, mais sa satire est mouillée de pitié et il ne méprise pas les humbles joies dont il a connu la fragilité. Son amour pour Dieu est trop candide pour qu'il dédaigne rien de ce que sa volonté ordonne ou permet; des souvenirs personnels et des observations précises animent ses descriptions, même quand l'idée générale lui est fournie par des modèles étrangers, et ses allégories ne sont ni froides ni monotones parce qu'elles sont surtout une transposition de la mémoire. Au point de vue purement littéraire et en laissant de côté les autres ressemblances, — si nombreuses et si frappantes, — il est le précurseur des romanciers russes de notre époque qui unissent comme lui