LA MISÈRE
Bohême, la misère est moins grande; en Bavière, M. de Monconys a enfin la satisfaction d'avoir des draps pour dormir.
Prague ne lui laisse guère que de fâcheux souvenirs : « Les places et les rues sont assez belles, mais elles sont si sales et les boutiques des marchands si gueuses que la ville
ne paraît pas agréable Je vis le marché des Juifs, puis
celui de la pelleterie, qui tous deux ne sont que misère, comme presque toute la ville paraît être '. » Toutes les classes sont atteintes. Les seigneurs, à qui leurs serfs ne paient pas leurs redevances et qui ne vendent pas leurs récoltes, sont criblés de dettes ; les chevaliers cherchent à se débarraser à tout prix de leurs domaines. Dès 1627, la commission de transaction réclame l'indulgence pour les nobles du cercle d'Ellbogen : — on ne pourrait pas d'ailleurs en obtenir grand'chose; ils n'ont pas d'argent et s'ils voulaient vendre leurs terres ils ne trouveraient pas d'acquéreurs; la plupart sont si grevés d'hypothèques que s'ils réalisaient leur fortune, il ne leur resterait plus rien.
Dans les villes, la décadence industrielle est prouvée par la disparition de nombreuses corporations; celles qui survivent ne renferment plus qu'un nombre dérisoire de maîtres. Tout apprentissage régulier a été interrompu et la médiocrité des produits témoigne à la fois du mauvais goût des acheteurs et de l'ignorance des ouvriers. La décadence à ce point de vue est surtout visible en Silésie. C'était le grand centre manufacturier de la monarchie : toutes les relations commerciales ont été interrompues; l'industrie des toiles et celle des draps, jadis si prospères, ne subsistent plus que dans quelques centres voisins de la Pologne; les ouvriers se sont réfugiés dans l'électorat de Saxe, qu'ils enrichissent de leur travail. A Lœwenberg, qui venait immédiatement après Breslau et Glogau, le nombre des tisserands est passé de 700 à 14. « La ville entière n'est presque plus qu'une ruine », écrit