‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 12 sur 325 · LIECHTENSTEIN · texte numérisé non relu

LIECHTENSTEIN

eût été prêt à écraser toutes les résistances, mais il n'en prévoyait guère et les rigueurs ne lui semblaient pas indispensables; indifférent et sceptique, son dilettantisme hautain de parvenu ne croyait pas aux consciences irréductibles, et il espérait qu'une pression un peu continue entraînerait vite une soumission générale; ses premières lettres indiquent un désir secret d'atténuer les représailles et de laisser se calmer les passions.

En Moravie, les luttes religieuses n'avaient pas pris le même caractère d'inexpiable fureur qu'en Bohême et Liechtenstein d'ailleurs n'avait pas subi l'éducation des Jésuites, ne partageait pas .leurs convictions impit03'^ables. Il tenait assez à la terre pour prévoir et redouter les ruines qu'entraînerait une restauration brusque; — il y tenait trop pour s'opposer longtemps aux fureurs extrêmes. Dès qu'il s'aperçut qu'à essayer de contenir le flot de la réaction, il risquait d'être emporté par lui, il fit sa soumission, exécuta docilement des ordres qu'il n'aurait pas provoqués, ne s'occupa plus que de retenir le plus de paillons possible du torrent d'or, de sang et de boue qui lui coulait entre les mains. Tout au plus, de temps en temps, soulagea-t-il sa conscience par quelques représentations qui ne le compromettaient guère et où il ne persévéra pas. Il était devenu très vite le prisonnier d'une bande de pillards, goujats portés au premier rang de l'armée par quelque hardi coup de main ou quelque chance heureuse, employés besogneux, brocanteurs rapaces. Puis la corruption morale s'étendit avec une effroyante rapidité, gagna même les représentants de la haute noblesse catholique que leur fortune, la sincérité de leurs convictions et l'antiquité de leur race auraient dû mettre à l'abri, Slavata, par exemple, ou Martinits. Ni leur foi religieuse, qui était réelle, ni leur patriotisme ne les protégèrent contre les humiliantes tentations. Chez ces âmes de second ordre et pliées par les Jésuites à une obéissance effarée, les vertus mêmes perdaient leur action bienfaisante et s'ils éprouvèrent quelque amertume à voir les vainqueurs, non contents de frapper les

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coupables, supprimer les libertés et les privilèges du ro3^aume, ils cherchèrent une lamentable consolation dans l'accroissement de leurs domaines ou Télévation de leurs dignités.

Quelques mois s'écoulèrent avant que les catholiques se rendissent compte de ce qu'ils pouvaient oser et que leurs plans prissent tout leur développement. Au début, ils coururent au plus pressé, un peu au hasard, confisquant quelques domaines ou saisissant quelques églises, chassant les pasteurs, arrêtant les chefs les plus compromis, sans que rien indiquât encore l'étendue réelle des projets qui mûrissaient peu à peu. Ces lenteurs, que rien ne permet d'ailleurs d'attribuer à un calcul préconçu, énervèrent la résistance qu'eussent soulevée de trop brusques rigueurs. Rapidement les derniers insurgés firent leur soumission, les Moraves à Buquoy (décembre 1620), les Silésiens à l'Électeur de Saxe. Jean-Georges garantit à ces derniers une amnistie à peu près complète et le maintien de leurs privilèges ; ses promesses, que la cour de Vienne jugea excessives et gênantes, confirmèrent l'opinion, assez générale dans le monde protestant, que la situation ne serait pas trop radicalement modifiée, et tous ceux qui étaient las de la résistance exagérèrent encore leur espoir pour s'excuser de déposer les armes. La Bohême occidentale était occupée par des garnisons étrangères qu'il n'eût pas été très aisé de déloger : elles cédèrent au découragement universel. Le château de Karlov-Tyn, aux portes de Prague, avec une garnison de 2,000 Anglais, capitula à la première sommation. Mansfeld était un condottiere hardi et souple, habile à se créer des ressources et à sortir des difficultés les plus menaçantes ; il avait promis à Frédéric V de se maintenir dans le royaume : il ne reçut aucun secours du dehors, la solde de ses troupes n'avait pas été payée depuis longtemps; dans les régions qu'il occupait, les catholiques, assez nombreux, avaient été assez mal traités par les rebelles et ils s'agitaient sourdement ; la fidélité des officiers de Mansfeld avait été aussi assez

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ébranlée par les négociations que depuis des mois il entretenait avec Maximilien et Ferdinand et qui avaient été une des causes essentielles du désastre de Tarmée tchèque; menacé par des forces supérieures, il abandonna la partie, se retira dans le Palatinat. Eger fut occupée par l'Électeur de Saxe (février 1621), Plzein vendue par sa garnison. C'était la fin de l'insurrection bohème; deux ou trois places tinrent encore quelques mois, Tabor jusqu'au 18 novembre 1621 et Trzeboin jusqu'en mars 1622; ces épisodes isolés n'avaient plus aucune gravité.

Au dehors, la victoire de Ferdinand II n'était pas moins complète : le conseiller le plus écouté de Frédéric V, Louis Camerarius, et son ministre le plus avisé, Jean de Rusdorf, le suppliaient de faire la paix, « même au prix des plus dures conditions ' ». Ils frappaient à toutes les portes et ne rencontraient que sympathies frivoles et courages chancelants. Depuis le moment où par une défaillance inexplicable elle avait renoncé à secourir les protestants de Bohême, l'Union évangélique avait vraiment cessé d'exister : dans les premiers mois de 1621, ce fut une débandade, qui aboutit à une dissolution officielle (mai) ; les princes de la Basse Saxe à leur tour, qui avaient manifesté quelques intentions belliqueuses, se calmèrent et le roi de Danemark licencia son armée. La campagne diplomatique aboutissait pour les protestants à un échec aussi complet, et qui n'était guère moins grave, que leur campagne militaire ; les catholiques prenaient hardiment l'offensive : Frédéric Vet ses principaux complices, Christian d'Anhalt, Jean-Georges, duc de Jœgerndorf en Silésie, étaient mis au ban de l'Empire (22 janvier 162 1). La succession du Palatin était réservée à Maximilien de Bavière, c'est-à-dire qu'on livrait à l'Église romaine la citadelle où, depuis un demisiècle, s'étaient préparées contre elle les attaques les plus redoutables. Sans prévoir les conséquences lointaines de leurs usurpations, les ministres de Ferdinand pensèrent

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