‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 120 sur 325 · RUINE MORALE · texte numérisé non relu

RUINE MORALE

s'abattre sur le sol « Beaucoup de mes paysans n'avaient

déjà pas de grains pour l'hiver, aussi ces malheureux n'ont

pas de quoi vivre Beaucoup de paysans n'ont pas de

pain, la récolte a été mauvaise. »

Un désespoir morne et une lassitude hébétée courbent sur le sol ces générations sacrifiées. Très peu d'enfants; à Kolin, en i653, la proportion des adolescents est à peu près de moitié inférieure à la normale. Les paysans n'ont plus d'écoles, on a expulsé leurs pasteurs, on a brûlé leurs livres, ils n'ont pas de curés, tout au plus, de loin en loin, quelques missionnaires que le plus souvent ils ne comprennent pas et qui les terrifient. « Ils sont devenus si sauvages que les jurons ne leur coûtent pas plus que les belles paroles. » Beaucoup s'enfuient, s'engagent dans les bandes de malandrins qui infestent les routes. La férocité et la barbarie gagnent de proche en proche. Les chroniques nous parlent de brutes qui, revenues à l'état primitif, vivent dans les forêts, se repaissent de racines et de glands, n'ont aucune religion, et dont la langue se réduit à quelques gloussements vaguements articulés. Sans même tenir compte de ces légendes plus ou moins sérieuses, les textes les plus précis témoignent de la grossièreté et de la violence des mœurs et du recul de la civilisation. L'ivrognerie est une mode et un sport. Les duels, très fréquents, sont de véritables assassinats ; il n'est pas de jour où un seigneur, après boire, par forfanterie, par gageure ou simplement pour le plaisir, ne se rue sur les bourgeois et les pa3'sans, insultant les femmes, blessant les promeneurs. Certains districts de la Silésie sont terrorisés par des associations, comme celle des Vingt-Sept, qui s'engagent à ne pas se tailler la barbe, les cheveux et les ongles et dont le programme consiste à provoquer des rixes et des désordres. — Un édit royal de i65i vise « les gens turbulents et insolents, nobles ou autres, nombreux en Silésie, dans les villes ou le pays plat, qui viennent aux noces, aux baptêmes, aux enterrements, aux banquets sans y être invités,

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